« Blonde » : Marilyn Monroe dépeinte comme une victime iconique du patriarcat

Biopic Les moments les plus sombres de la vie de la star sont soulignés dans « Blonde » adapté d’une biographie par Andrew Dominik et disponible ce mercredi sur Netflix

Caroline Vié
— 
Ana de Armas dans «Blonde» d'Andrew Dominik
Ana de Armas dans «Blonde» d'Andrew Dominik — Netflix
  • Ana de Armas incarne Marilyn Monroe dans « Blonde » d’Andrew Dominik.
  • La comédienne révèle des facettes méconnues et tragiques de la vie de la star.
  • Elle livre une performance époustouflante dans un film insistant plus sur la vie privée de Marilyn que sur son travail.

C’est incontestable : Ana de Armas est sublime dans le rôle de la star prématurément décédée en 1962 à l’âge de 36 ans. Blonde d’Andrew Dominic, disponible dès mercredi sur Netflix, vaut surtout pour la performance de son actrice principale. Elle est totalement crédible en Marilyne et pourrait même décrocher un Oscar. Qu’elle soit glamour comme l’icône qui est familière du grand public ou perdue comme la jeune femme solitaire qu’elle devait être dans l’intimité, Ana de Armas, vue récemment en espionne dans le James Bond Mourir peut attendre, convainc.



Nos réserves viennent plus de la façon dont Andrew Dominik aborde son sujet. « Comment une enfant non désirée a-t-elle géré le fait de devenir la femme la plus désirée du monde ? Cela veut-il dire qu’elle a dû se couper en deux ? », s’interroge-t-il dans une note d’intention du catalogue de la Mostra de Venise. Le réalisateur a choisi de montrer une Marilyn objet, exploitée et maltraitée dès sa plus tendre enfance dans une suite de scènes cauchemardesques plus proches d’un film d’horreur que d’un biopic classique.

De la couleur au noir et blanc

Dans Blonde, on découvre que Marilyn a été martyrisée par sa mère puis par les hommes de sa vie (y compris par le président John Fitzgerald Kennedy qui la traite comme un morceau de viande). Passant de la couleur au noir et blanc selon les documents d’époque dont il s’inspire, Andrew Dominik offre un kaléidoscope virtuose sans laisser au spectateur le moindre répit. Violée dès le début de sa carrière, Marilyn a souffert pratiquement toute sa vie, même lors de ses mariages avec le champion de base-ball Joe DiMaggio (joué par Bobby Cannavale) et l’auteur Arthur Miller (campé par Adrien Brody). L’amour n’a pu la tirer de la dépression qui l’a prématurément engloutie.

Andrew Dominik met l’accent sur les horreurs subies par la jeune femme contrainte à avorter à plusieurs reprises. Ces séquences très dures ne sont pas toujours d’un goût exquis quand elle dialogue avec son fœtus et qu’on voit en gros plan le speculum entrant dans sa chair. On peut se laisser emporter dans ce délire morbide ou trouver que la démonstration, qui part d’un bon sentiment, est assénée au marteau-piqueur.

Une victime iconique

Dans Blonde, Marilyn Monroe n’est pas montrée comme un idéal féminin. Andrew Dominik n’insiste qu’assez peu sur son travail. Il choisit d’en faire une victime emblématique du patriarcat, ce qui est finalement une autre façon de la faire rentrer dans une case, moins convenue mais finalement tout aussi réductrice que de ne la considérer que comme un symbole sexuel.