Tony Gatlif: «Un film pour Raconter ce qui a été oublié»

CINEMA Le réalisateur Tony Gatlif évoque le sort des Tsiganes sous l’Occupation avec son superbe «Liberté»...

Recueilli par Caroline Vié
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Liberté, le nouveau long métrage de Tony Gatlif, sort en salle aujourd'hui.
Liberté, le nouveau long métrage de Tony Gatlif, sort en salle aujourd'hui. — M. OBRADOVIC

Pourquoi avez-vous réalisé un film sur la déportation des Roms en France ?

Tony Gatlif: Je portais ce projet depuis des années parce que cette histoire a été volontairement ignorée: elle ne se trouve dans aucun livre scolaire. Mon film n'est pas là pour juger, ni pour réparer. Les faits se sont déroulés dans les années 1940 et nous sommes en 2010. Je l'ai fait pour raconter ce qui a été oublié.

Le projet a-t-il été difficile à monter?

Pas du tout. Canal+ et France 3 se sont engagées à fond sur les quarante pages de scénario que je leur ai données. Tous sentaient que Liberté était un film nécessaire. Leur implication est allée bien au-delà de celle de producteurs habituels, soucieux de rentabilité. Elles voulaient que le projet voit le jour.

Elles ont approuvé votre parti pris esthétique et poétique?

Personne ne m'a rien demandé. Je voulais filmer les Roms, non comme un voyeur mais avec une caméra « amie ». J'avais entendu des témoignages si atroces que je ne pouvais pas les restituer à l'écran. Je trouve dégueulasse de montrer un enfant dire «J'ai faim». C'est faire appel aux instincts les plus bas du spectateur. L'approche poétique me semblait plus forte qu'un pathos dégoulinant. Il est essentiel de laisser s'épanouir l'émotion, plutôt que de la provoquer brutalement. On entendait un silence très particulier lors des premières projections publiques.

Liberté est une oeuvre sur l'espoir...

Je crois dans les générations futures, beaucoup plus malignes que les anciennes. Il ne faut rien demander aux vieux. On ne change pas un arbre qui pousse de travers.


LIBERTÉ - BANDE-ANNONCE de Tony Gatlif