Poème loufoque sur un air de jazz

ROAD-MOVIE «The Limits of Control», de Jarmusch, échappe au formatage...

Caroline Vié

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Un homme étrange rencontre des ­personnages bizarres dans des lieux superbes. Mais le spectateur trop cartésien passera son chemin. «The Limits of Control est davantage affaire de sensations que de compréhension», explique Jim Jarmusch, qui a conçu son récit comme un air de jazz, «où chaque acteur joue sa propre version du même thème». On y voit Isaach de Bankolé, monolithe en costumes élégants, tailler le bout de gras avec Jean-François Stévenin, Gael Garcia Bernal, Bill Murray et Tilda Swinton. Des paysages espagnols immortalisés par Christopher Doyle, chef opérateur d'In the Mood for Love, servent d'écrin à une histoire de trafic de diamants, que son auteur se plaît à appeler «un film d'action sans action».

La musique, «inspiration capitale»

La nonchalance contribue au charme d'une expérience multi-sensorielle à la bande-son aussi riche que les images. «La musique a constitué une source d'inspiration capitale pour moi», explique le cinéaste. Il s'est passé en boucle des titres du groupe rock japonais Boris avant d'écrire le script minimaliste sur lequel il a fait broder ses interprètes.

Les fans de Coffee and Cigarettes, fameux film de discussions entre amis, se régaleront de voir ces derniers disserter sur des sujets aussi divers que l'art ou la science. Entre poème surréaliste et ode à la culture populaire, The Limits of Control fait un pied de nez magistral aux films hollywoodiens trop explicatifs. Plus qu'un exercice de style, c'est un acte de résistance contre un cinéma trop formaté. «Je suis un vrai indépendant», conclut Jarmusch. Et c'est vrai, son film fleure bon la liberté.

 


The Limits of Control Bande Annonce du film