Mémoire perdue et vestiges de l’amour

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En français, Eternal Sunshine of the Spotless Mind peut se traduire par « soleil éternel de l’esprit sans tâche ». Cette citation du poète Edward Pope évoque le bonheur artificiel auquel aspirent les héros d’une fable au comique atypique. Un savant a mis au point un système permettant d’effacer purement et simplement de la mémoire les indésirables qui pourrissent la vie de ses patients. C’est la solution que choisit Clementine, lassée des hésitations de Joel, son compagnon, incapable de s’engager. Quand ce dernier découvre qu’il a disparu des souvenirs de sa belle, il demande à subir le même traitement. Des techniciens viennent s’installer chez lui afin de visiter son cerveau pour en retirer chaque souvenir des instants passés avec celle qu’il a aimée. « J’avais envie de montrer que l’amour est plus puissant que tout, explique le scénariste Charlie Kaufman. Les douleurs que ce sentiment provoque sont indissociables des plaisirs qu’il procure. » Kaufman retrouve le réalisateur Michel Gondry pour un film plus réussi que Human Nature, leur première aventure en commun. L’imagination foisonnante de l’auteur trouve un complément idéal dans la mise en scène d’un cinéaste visionnaire. A l’écran, des pans entiers d’une vie à deux sont effacés. Les livres disparaissent des étagères, les héros, Jim Carrey et Kate Winslet, retombent en enfance au gré d’un film-puzzle à mi-chemin entre Brazil et Truman Show. Conte de fées moderne, Eternal Sunshine..., séduit par sa vive intelligence et son humour caustique. Le duo Kaufman-Gondry livre un divertissement brillant qui conduit à s’interroger sur le vrai sens du verbe « aimer ». Caroline Vié