La drôle de blague d'un vrai sale gosse de 87 ans

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Sabine Azéma se fait dérober son sac à main, André Dussollier ramasse le portefeuille dans un parking et entreprend de retrouver sa propriétaire. De lui courir après. Au propre comme au figuré. Ce qui va entraîner les deux personnages dans une romance pleine de péripéties aussi rocambolesques qu'inattendues, et emporter aussi, tel un tsunami, Anne Consigny (l'épouse de Dussollier) et Emmanuelle Devos (la collègue dentiste d'Azéma), mais aussi les flics Mathieu Amalric et Michel Vuillermoz.

Avec beaucoup de finesse et d'entrain, Alain Resnais prend ses personnages à contre-pied et le spectateur avec. Tant mieux. On adore quand Azéma susurre à Dussollier : « Je m'inquiétais pour vous. » Et qu'il lui répond : « Vous m'aimez alors. » Elle : « On peut s'inquiéter sans aimer. » Lui : « Mais peut-on aimer sans s'inquiéter ? » Tout est à l'image de ce dialogue : drôle et brillant à la fois. Cruel et mordant aussi, tant Resnais nuance sa palette comique, passant sans prévenir du burlesque à l'humour le plus noir. Les Herbes folles est un film de doux dingues où les personnages semblent parfois échappés d'un cartoon de Tex Avery. La blague d'un vrai sale gosse âgé de 87 ans. A Cannes, où le film a reçu un prix exceptionnel du jury, Resnais ne voulait pas parier sur le succès des Herbes folles. « Je fais les films comme ils viennent, en essayant d'être fidèle à l'école surréaliste, à l'écriture automatique et en essayant de laisser parler l'inconscient. Quand je pense au succès, mon autodidactisme me tape aussitôt sur l'épaule pour me signifier que ce n'est pas mon domaine. » W

Stéphane Leblanc