Un « Ruban blanc » impitoyable

CINEMA Sortie du nouveau film de Michael Haneke, Palme d’or à Cannes

Stéphane Leblanc

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Ce n'est pas à une partie de plaisir que Michael Haneke convie son public, mais à une leçon de grand cinéma. Palme d'or méritée à Cannes, Le Ruban blanc est un film à double tranchant: doux comme un oiseau avec ses paysages en noir et blanc, mais impitoyable quand il révèle les sévices qu'une société puritaine est capable d'infliger à ses membres.

Nous voici donc dans un petit village allemand, à la veille de la Première Guerre mondiale, face à une succession de faits inexpliqués: un accident de cheval, la mort d'une paysanne, l'enlèvement d'un enfant handicapé. Une atmosphère de suspicion s'installe... «Je souhaitais évoquer un groupe d'enfants à qui l'on inculque des valeurs absolues et en décliner les conséquences: ils deviennent inhumains», expliquait Michael Haneke à Cannes.

Polar ou film fantastique

Et le cinéaste d'évoquer comment l'innocence présumée des uns peut être pervertie par l'hypocrite brutalité des autres. Il le fait avec une précision glaçante, implacable et, en même temps, Michael Haneke a l'élégance de laisser le spectateur libre d'interpréter chaque fait comme il l'entend.

On pressent dans ce film la montée du nazisme à venir, mais ce n'est pas tout, car une telle histoire pourrait très bien se dérouler ailleurs ou à une autre époque. Plus qu'à un brûlot historico-politique, Le Ruban blanc s'apparente à un polar ou à un film fantastique, avec ses énigmes irrésolues et ses scènes ­d'horreur qu'on imagine plus qu'on ne les voit ; à ces chefs-d'oeuvre où planent la culpabilité et la hantise du péché, comme Les Communiants d'Ingmar Bergman ou La Nuit du chasseur de ­Charles Laughton.


CANNES 09 : PALME D'OR : LE RUBAN BLANC : MICHAEL HANEKE