Les faiblesses, force du métier d'humoriste

COMEDIE Avec «Funny people», Judd Apatow signe son meilleur film, drôle et grave à la fois...

Caroline Vié

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Seth Rogen (à gauche) et Adam Sandler forment un duo comique bouleversant.
Seth Rogen (à gauche) et Adam Sandler forment un duo comique bouleversant. — T. BENNETT

Les comiques sont souvent tristes dans la vie. Le personnage d'humoriste qu'incarne Adam Sandler dans Funny People, de Judd Apatow, est d'autant plus dépressif qu'il vient d'apprendre qu'il est atteint d'un mal incurable. Egocentrique et insupportable, il va alors engager un aspirant comédien, arriviste mais dévoué, pour devenir son souffre-douleur, son scénariste, sa nounou et son confident au cours de ses derniers mois. Seth Rogen, acteur fétiche du réalisateur, apporte sa fausse naïveté et sa vraie candeur à ce personnage complexe.

Entre discussions intimes et sketchs délirants, le duo joue une partition subtile. Adam Sandler, épatant en star comique capable de s'auto-parodier, n'avait pas été aussi touchant depuis Punch-Drunk Love, de Paul Thomas Anderson. Et ses rencontres avec de vrais comiques (Ray Romano, Sarah Silverman) ou avec le rappeur Eminem constituent des morceaux de choix du film.

Judd Apatow a pris le parti de rendre ses personnages attachants sans les angéliser pour autant. Celui de Sandler a tout du grand gamin qui mériterait d'aller au lit sans dessert, et celui de Rogen n'est guère plus reluisant. De leurs faiblesses naît la force d'une réflexion passionnante et drôle sur la vis comica (la force comique), la célébrité et ses petits tracas.