Singularités d'un vieux cinéaste centenaire

CINÉMA encontre avec Manoel de Oliveira pour la sortie de «Singularités d'une jeune fille blonde»...

Sakurako Uozumi et Stéphane Leblanc

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A Porto, sa ville de toujours, Manoel de Oliveira ne vit pas dans une belle bâtisse de la vieille ville, comme on l'avait imaginé, mais dans un appartement moderne d'un quartier résidentiel. On se présente au réalisateur centenaire, à l'occasion de la sortie de son nouveau film Singularités d'une jeune fille blonde. Il s'étonne : «Vous êtes venus jusqu'ici pour vingt minutes d'interview?» On n'ose pas rectifier. «Et vous parlez le portugais? - «Non... - Alors, je vais essayer de répondre en français.» On a beau l'assurer qu'on parlera lentement, qu'on lui posera des questions toutes simples, le doyen des cinéastes corrige : «Il n'y a pas de questions simples.» On va quand même essayer.

Pourquoi son nouveau film dure-t-il à peine plus d'une heure? «J'ai fait des "grands" métrages et celui-ci est un "petit", répond-il modestement. Mais c'est égal: la durée doit dépendre de ce que l'histoire raconte.» Et pourquoi adapter Eça de Queiroz, un écrivain du XIXe siècle? «Pour son romantisme teinté de dérision.» Mais aussi, ajoute le cinéaste, parce qu'à 86 ans, sa vieille complice Agustina Bessa-Luis, l'auteur qu'il a adaptée à plusieurs reprises (Val Abraham, Le Couvent...), est désormais trop fatiguée pour travailler avec lui.

On apprend encore que Manoel de ­Oliveira se sent plus proche de Carl Dreyer ou d'Eisenstein que d'Eric Rohmer ou d'Aki Kaurismaki, à qui l'on pense en voyant le film. Ou que sa passion pour le plan fixe vient du fait que «c'est la seule manière de traduire au cinéma le temps qu'il faut pour passer d'un état à un autre».

Et sa durée à lui, sa longévité? A-t-il un secret? Cet ex-champion automobile évoque plutôt «un caprice de la nature» et se demande s'il restera vivant assez longtemps pour faire tout ce qu'il a envie. A commencer par L'Etrange Cas d'Angelique, dont le tournage doit débuter en octobre. Deux mois avant que le cinéaste ne fête ses 101 ans, le 12 décembre. «Tourner, c'est ça qui me repose!», se justifie-t-il avec malice.