« Tokyo Sonata » au rythme de la crise

Sakurako Uozumi

— 

Il n'y a pas que les histoires de fantômes qui font peur. La réalité économique aussi. Tokyo Sonata s'ouvre sur le licenciement d'un cadre modèle, père d'une famille que le cinéaste va pousser au bord de l'implosion, par petites touches mêlant moins un réalisme social à la Ken Loach que l'humour et la cruauté, voire le fantastique qui fait habituellement le sel du cinéma de Kiyoshi Kurosawa.

« Voyez tous ces cadres qui partent travailler le matin : je suis sûr que beaucoup sont au chômage et le cachent à leurs proches. » Le réalisateur de Cure et Kairo prétend avoir « voulu s'amuser avec les mythes sur lesquels repose la société japonaise » : le travail à vie, l'autorité paternelle, le dévouement des épouses, l'obéissance des enfants. « Toute cette stabilité, érigée en principe, vit ses derniers instants. » Malgré la crise économique mondiale, qui renforce la pertinence du film, Kiyoshi Kurosawa confie « ne s'intéresser qu'à l'humain, ses secrets, ses doutes et ce qui pourrait le transformer ». C'est le sens de la scène où un enfant, au piano, bouleverse seul tout un auditoire. Comme si cette beauté, puisée au fond de lui-même, pouvait sauver le monde de la confusion qui le guette. ■