John Woo reste prince en son royaume

Caroline Vié

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Il a été bien inspiré de rentrer au pays. En réalisant Les 3 Royaumes, John Woo s'est plongé dans l'histoire de la Chine, un pays qu'il a quitté enfant afin de fuir le régime communiste. Loin d'être une déclaration d'allégeance au pouvoir en place, son nouveau film relate une bataille légendaire vieille de 1 700 ans qui opposa des seigneurs de guerre sous-armés aux troupes pharaoniques d'un général sans foi ni loi. L'occasion pour le cinéaste de revenir au « wu xia pan », film de sabre chinois, un genre qu'il n'avait pas abordé depuis La Dernière Chevalerie, en 1978.

Avec Les 3 Royaumes, John Woo traite de ses sujets de prédilection : la loyauté, l'amitié et le sens du sacrifice, qu'il place au coeur de scènes guerrières spectaculaires qui soulignent paradoxalement un message pacifiste. Comme dans ses polars hongkongais où il magnifiait la violence pour la dénoncer, le réalisateur fait souffler un vent épique sur des combats où les lances et les sabres ont remplacé les armes à feu. Ses fans apprécieront les clins d'oeil, comme ce superbe plan-séquence sur une colombe, figure emblématique de son cinéma, qui passe d'un camp à l'autre pour apporter ses messages. Et le suspense virtuose qui accompagne les scènes, plus intimistes, de stratégie militaire. ■