« 24 City » sur des ruines impériales

Stéphane Leblanc

— 

Jia Zhang-Ke poursuit avec 24 City une oeuvre qui ne cesse d'interroger « les bouleversements rapides de la société chinoise et les blessures qu'ils provoquent sur l'individu ». Après Still Life, Lion d'or à Venise, le cinéaste de 38 ans attire notre attention sur une autre réalité : celle d'une ancienne cité ouvrière qui s'apprête à être transformée en un complexe d'appartements de luxe.

Comme il nous l'avait expliqué à Cannes, Jia Zhang-Ke a « demandé à des dizaines d'ouvriers de faire un effort de mémoire avant de synthétiser leurs témoignages pour les faire jouer par des comédiens » parfois célèbres, comme la star chinoise Joan Chen. Parler de « jeu » est un peu abusif : le film est constitué de longs témoignages en plans fixes entrecoupés de chants traditionnels et d'images des démolitions. La mise en scène, austère, met en valeur la parole au détriment de l'action, malgré l'effet dramatique que produisent les amas de pierres, comme une image prémonitoire du tremblement de terre qui allait advenir, quelques mois plus tard, dans cette province du Sichuan. ■