L'angoisse est au bout de la rue

Stéphane Leblanc

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Le pays du Matin calme porte décidément mal son nom. Car les cinéastes coréens excellent à réaliser des ­thrillers sidérants de réalisme et de suspense trépidant : Memories of Murder, de Bong Joon-ho, en 2004 ; The Chaser, de Na Hong-jin, aujourd'hui. Ce premier film, grand prix Action Asia à Deauville (2009), est un polar mené à cent à l'heure, via des courses-poursuites haletantes (à pied le plus souvent) dans les ruelles sombres d'un quartier résidentiel de Séoul.

Des prostituées disparaissent, les unes après les autres. Revendues ? Cela ne fait aucun doute pour Joong-ho, un ancien flic devenu proxénète, qui se retrouve un soir nez à nez avec un pauvre type ensanglanté qu'il devine être un tueur. Mais comment arrêter cet homme que rien n'accuse, sinon une intime conviction ? Et comment composer avec une police empêtrée dans les erreurs de jugement ? « J'ai surtout voulu montrer que chacun fait de son mieux, précise Na Hong-jin, ce qui peut faire sourire quand on voit le résultat. » Sourire ou frémir, au rythme de rebondissements parfois stupéfiants. The Chaser marque surtout par sa violence et sa cruauté inouïe à l'encontre de personnages qui n'en demandaient pas tant, ainsi que par le regard très noir qu'il porte sur la société. ■