« presse et cinéma vivent du même paradoxe »

Recueilli par Caroline Vié

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Vous êtes-vous donné des limites en vous moquant des journalistes ?

Gérard Jugnot : A force de m'entendre dire : « Si tu touches à la presse, tu n'auras plus jamais un bon papier de ta vie », je me suis pris la tête, en effet.

Gérard Lanvin : Je ne me suis pas posé la question. Notre boulot, c'est de parler de ce qui se passe autour de nous, pas de raconter des histoires à deux balles. J'ai autre chose à foutre.

G.J. : Toi, t'as peur de rien mais moi je suis un lâche. Je trouvais important que le rire soit intelligent et empathique.

Pensez-vous que les journalistes sont des artistes, comme le dit le film ?

G.J. : Il y a des points communs. Les reporters sont des gens payés pour filmer des choses affreuses. Et nous vivons du même paradoxe. Quand j'ai fait Une époque formidable, j'ai gagné des sous en parlant des pauvres et Coppola n'a pas reversé son argent au Vietnam après Apocalypse Now, il a préféré acheter du vin.

G.L. : Artiste, on le fait pour distraire les autres. On s'oublie totalement quand on interprète un personnage.

Aviez-vous la même complicité sur le tournage que lors de cette interview ?

G.J. : On se comprend parce qu'on joue les choses de façon réaliste sans exagérer, à la façon Serrault-Poiret. Je préfère ça aux comiques qui font les guignols.

G.L. : Je suis d'accord. Quand j'ai vu Gérard dans Les Bronzés 3, j'ai été impressionné par sa façon de vivre son personnage. C'était du travail de grand acteur alors que les autres membres de la bande n'étaient pas exceptionnels...

G.J. : Vas-y , fâche-toi avec tout le monde... Gérard est dans le « parler vrai » et après, il s'étonne de galérer...

Vous le surveillez tout le temps ?

G.J. : On ne sait jamais, si les journalistes se trompent de Gérard en retranscrivant nos propos... ■