Le talent monstre de Charlize Theron

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Métamorphosée dans Monster, l’ex-top-modèle sud-africaine est méconnaissable. Pour cette chronique criminelle qui lui a valu un oscar, un Golden Globe et l’Ours d’argent du Festival de Berlin, Charlize Theron a accepté de prendre quinze kilos et d’afficher un visage bouffi aux rides prononcées pour devenir Aileen Wuornos, première « tueuse en série » américaine de l’Histoire. Lors du tournage, il lui fallait patienter des heures pour se faire poser un masque en latex et de fausses dents, mais sa composition toute en finesse va bien au-delà de la transformation physique. Elle rend perceptible le mal de vivre de cette prostituée amoureuse de Christina Ricci au point d’assassiner ses clients pour entretenir sa fragile compagne. « Si son comportement est inqualifiable, j’ai tenu à essayer de montrer sa part d’humanité », raconte la comédienne. Charlize Theron est allée jusqu’à rencontrer la véritable Aileen, exécutée en 2002 pour avoir commis six meurtres entre 1989 et 1990 dans l’Etat de Floride. La veille de sa mort, la tueuse a remis une partie de sa correspondance à l’actrice et à la réalisatrice Patty Jenkins pour qu’elles cernent au mieux sa personnalité. Le film évite tout manichéisme pour suivre la fuite en avant de cette laissée-pour-compte de la société, tantôt protectrice avec sa maîtresse ou terrifiante quand elle liquide un brave père de famille. Sa lutte pour la survie et les rares instants de bonheur que lui apporte une histoire d’amour au féminin sont montrés avec une grande justesse. Bouleversant portrait d’une criminelle, Monster révèle une grande comédienne qui n’attendait que ce rôle en or pour donner la pleine mesure de son talent. Caroline Vié