Steven Soderbergh: «Je ne crois plus au cinéma militant»

CINEMA Interview du réalisateur qui sort Che, une biographie en deux parties du mythique révolutionnaire...

Recueilli par Caroline Vié

— 

Benicio del Toro dans "Che"
Benicio del Toro dans "Che" — Warner Bros. France

Pourquoi vous êtes-vous passionné pour Che Guevara?

Benicio Del Toro, qui a porté le projet, m'a donné envie de voir ce qui se cachait derrière l'icône. Tant de gens portent l'effigie du Che sur un tee-shirt ou accrochent l'affiche sans savoir qui il est. J'ai eu envie de mieux le connaître...

Quel regard portez-vous sur lui aujourd'hui?

C'était un homme charismatique, mais aussi un être humain. J'ai fréquenté assez de stars pour faire la différence entre l'image médiatique et la réalité.

C'est pour Benicio Del Toro que vous dites ça?

Benicio est bien plus parfait que le Che. Il arrivait même à me faire oublier que c'était lui qui était sur le plateau.

C'était un tournage difficile?

Plutôt. On avait vraiment l'impression de vivre comme Guevara et ses hommes. La seule différence: on ne risquait pas de se faire tirer dessus! Je pense que les conditions de tournage très pénibles dans la jungle ont apporté un cachet d'authenticité au film.

Pensez-vous que Che éveillera les consciences politiques des Américains?

Il y a belle lurette que je ne crois plus aux vertus d'un cinéma militant! Les gens entrent dans la salle, mangent du pop-corn, éclatent de rire ou versent une larme, et c'est tout!

C'est pour cela que vous faites aussi des films plus légers comme Ocean's Eleven et ses suites?

Absolument! Je ne vois pas de grandes différences entre le Che et le personnage de George Clooney. Au cinéma, du moins.

Alors pourquoi vous êtes-vous obstiné à réaliser ce diptyque?

Parce que j'ai envie d'essayer plein de choses différentes! Je fais mon métier sérieusement, même si je ne me prends pas au sérieux.