Espionnage en mode mineur

Caroline Vié - ©2008 20 minutes

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George Clooney est un obsédé sexuel, Brad Pitt, un crétin d'anthologie, John Malkovich, un agent secret alcoolique, Tilda Swinton, une garce glaciale, et Frances McDormand (Mme Joel Coen à la ville), une manipulatrice fan de chirurgie esthétique. Burn After Reading, fantaisie légère comme une bulle de soda, n'a rien à voir avec l'opus précédent des frères Coen, le sombre No Country For Old Men. « Nous avons écrit les films au même moment. C'est juste le hasard qui a fait que Burn After Reading s'est monté après », explique Joel Coen.

De tous leurs personnages, qui se tirent la bourre autour d'un CD contenant des informations qu'ils croient capitales, Brad Pitt est sans doute le plus mal traité, dans un rôle de maître chanteur idiot qui donne un sérieux coup dans l'aile à son image de sex-symbol. Sa rencontre, aussi surprenante que brève, avec George Clooney est absolument jubilatoire « Nous avons joué sur le fait que le spectateur attend de les voir face à face », s'amuse le réalisateur. « Jouer » est un mot qui revient tout le temps dans la conversation du quinquagénaire, et c'est bel et bien un jeu d'espions qu'il a mitonné avec son frangin Ethan. « On a pris grand plaisir à détourner les codes du genre pour arriver à une conclusion surprenante : les agents secrets professionnels sont les seules personnes rationnelles de notre histoire. » Flirtant avec le burlesque, talonnant l'absurde, leur ballet de losers séduira les fans de O'Brother et Big Lebowski. « Les perdants sont jouissifs, avoue Joel Coen. Nous avons toujours eu un faible pour les paumés qui s'enferrent dans une situation insignifiante, mais inextricable. » Les frères Coen considèrent l'espionnage par le petit bout de la lorgnette, avec une malice de grands gamins à qui on aurait offert une montre et un marteau. Si Burn After Reading peut paraître une oeuvre mineure, le bonheur qu'elle apporte au spectateur n'a rien de minuscule.