Mesrine, Carlos, la bande à Baader: les bandits squattent l'écran

CINEMA Le biopic sur les gangsters donne-t-il un nouveau souffle au film noir français?

Alice Antheaume

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 Photo non datée du terroriste Carlos, de son vrai nom Ilich Ramirez Sanchez
 Photo non datée du terroriste Carlos, de son vrai nom Ilich Ramirez Sanchez — EPA / SIPA

Les bandits n’en finissent plus d’inspirer films et séries télé. Après Mesrine, incarné par Vincent Cassel, voici Carlos, le terroriste d’extrême gauche. Celui-ci, de son vrai nom Ilich Ramirez Sanchez, va faire l’objet d’une fiction réalisée par Olivier Assayas pour le compte de Canal+ et tournée dès janvier en trois épisodes de 90 minutes. L’interprète de Carlos? Le comédien vénézuelien Edgar Ramirez.
 
Le biopic sur les gangsters donne-t-il un nouveau souffle au film noir? Quant aux criminels, sont-ils les nouveaux personnages tendance de la production cinématographique?
 
Gangsters et personnages de cinéma

De «La bande à Baader» à «Roberto Succo» de Cédric Kahn en passant par «Sans arme, ni haine, ni violence», un film sur Albert Spaggiari, le casseur de Nice, les réalisateurs trouvent dans les frasques de ces hors-la-loi des sources intarissables de scénarios.
 


La Bande à Baader (vf)

«Carlos est un sujet français et universel, raconte à 20minutes.fr Daniel Leconte, le producteur de la fiction sur Carlos. C’est l’un des rares personnages qui parle à la planète entière puisqu’il a été recherché à l’échelle internationale», ayant été en contact avec, dit-il, la Stasi ainsi que les services syriens et irakiens. Un personnage vite devenu mercenaire mais qui «se cachait derrière la cause du communisme mondial», dit encore Daniel Leconte. Pour le producteur, Carlos avait une personnalité plus politisée que Jacques Mesrine, lequel «roulait surtout pour lui» et non pour une cause idéologique.
 
Reste que Mesrine, à force de faire les titres de tous les journaux pendant des années durant, a marqué autant voire plus les esprits que Carlos. Lorsque Vincent Cassel a lu «L'Instinct de mort», le livre écrit par Mesrine alors en prison, il est tombé de sa chaise: «Mesrine a réinventé sa vie. Il est déjà un personnage de cinéma. L'histoire qu'il raconte est complètement rocambolesque. Bref, il nous a vite paru évident que c'était un bon sujet de cinéma.»
 
Le trait d’union de ces films de bandits, c’est aussi qu’ils sont des marqueurs d’une époque révolue. Celle des années 1970. «C’est le parfum, assez ringard d’ailleurs, des seventies, reconnaît Daniel Leconte. Mais on en trouve même un écho dans l’actualité ces jours-ci alors que l’on suppose que les saboteurs de la SNCF appartiennent à une mouvance d’ultra-gauche». Un peu comme l’était Carlos en son temps.
 


La légende démythifiée?

Et la part de mythe dans tout cela? Trente ans après l’affaire Mesrine, on tend à oublier ses crimes pour ne garder de l’homme qu’une image de voyou. Vincent Cassel lui-même reste équivoque sur le bandit: «Est-ce une icône de contre-pouvoir mise en place par une certaine presse de gauche? Ou bien est-ce juste un gangster sans vergogne qui a fini comme il le devait?» Quant à l’équipe du film «Carlos», elle met en garde: «Il y a beaucoup de médiocrité dans les actes de Carlos, de trivialité aussi. On veut éviter la légendarisation de ceux que l’on fait vite passer pour des Robins des bois.» Selon eux, il n’est pas si difficile de porter à l’écran un personnage tout en évitant de le rendre sympathique aux yeux du public. Un effort, basé sur une documentation à la précision microscopique, quasi obligatoire quand il s’agit de condamnés par la justice. TF1, avec son feuilleton sur le meurtrier Francis Heaulmes, y était aussi parvenu.