«Dix-sept ans» effleure un âge

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« Je ne fais pas du documentaire, mais du cinéma », précise Didier Nion, le réalisateur de Dix-sept ans. Pour nous faire partager la vie de Jean-Benoît, le cinéaste a filmé cet adolescent du nord de la France pendant vingt-sept mois. Son affection pour ce gamin, rencontré sur le tournage de Juillet, un précédent film, est perceptible dès les premiers plans. Didier Nion ose prendre parti, nous montrer son sujet sans dissimuler ses forces mais aussi ses faiblesses. Cela rend le portrait de cet adulte en devenir d’autant plus prenant. Traumatisé par le suicide de son père, Jean-Benoît a trouvé refuge auprès d’une petite amie nettement plus mûre que lui. Pour elle, il rêve d’obtenir son BEP de mécanicien et de trouver du travail dans un garage. Si le cinéaste soutient implicitement l’adolescent dans ses projets, son film n’a rien de condescendant. Lors d’une scène éprouvante, on voit le jeune homme reprocher au cinéaste son indiscrétion, avant de le laisser en plan avec sa caméra. « J’ai été menuisier, explique le réalisateur qui filme Jean-Benoît au plus près. J’essaie d’avoir la même approche avec une caméra parce qu’un visage est une matière riche, vivante, comme le bois. » La révolte et la tendresse de ce môme capable d’oublier d’aller passer son examen comme de gâter tendrement sa copine apparaissent dans toute leur vérité. Au fil de scènes saisies avec une grande pudeur, on est tantôt pris aux tripes par la joie de l’ado devant sa première voiture ou exaspéré par son agressivité chronique. Didier Nion exclut tout misérabilisme pour brosser un magnifique portrait d’être humain qu’il révèle dans toute sa complexité. Caroline Vié