Youssef Chahine est mort

J.S., avec agences

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Le plus célèbre des cinéastes égyptiens, Youssef Chahine, dans le coma après une hémorragie cérébrale, a quitté lundi Le Caire pour la France afin d'y être soigné, a-t-on appris de source aéroportuaire.
Le plus célèbre des cinéastes égyptiens, Youssef Chahine, dans le coma après une hémorragie cérébrale, a quitté lundi Le Caire pour la France afin d'y être soigné, a-t-on appris de source aéroportuaire. — Christophe Simon AFP/Archives

 Le plus célèbre des cinéastes égyptiens, Youssef Chahine, est décédé. Sa disparition, annoncée par la télévision publique égyptienne, a été confirmée par son ancien disciple, le réalisateur Khaled Youssef. Youssef Chahine avait été hospitalisé à Paris pendant un mois à la suite d'une hémorragie cérébrale survenue en Egypte et qui l'a plongé dans le coma le 16 juin.

Dalida

Agé de 82 ans, le cinéaste a produit une oeuvre aussi intimiste que politiquement engagée sans trouver dans son pays la reconnaissance obtenue à l'étranger. Né le 25 janvier 1926 dans l'Alexandrie cosmopolite, il n'a cessé, en une quarantaine de films, d'imprimer sa mémoire et ses idées de gauche et anti-islamistes en prenant l'Egypte pour grande toile de fond. Il avait obtenu en 1997 le prix du cinquantième anniversaire du festival de Cannes pour l'ensemble de son oeuvre, après un Ours d'argent en 1979 au festival de Berlin.

Eduqué en français et en anglais, il part étudier à 21 ans le cinéma à Pasadena, en Californie, et reviendra sur son destin dans un cinéma égyptien alors phare du monde arabe, ce qu'il n'est plus. «Il voulait être acteur, mais s'est aperçu qu'il bégayait un peu et n'était pas si beau, alors il s'est dit: je vais jouer à travers d'autres», a raconté à l'AFP l'un de ses grands «autres», Omar Charif, découvert par Chahine.

Omar Charif

Pauvreté, combat ouvrier et lutte d'indépendance, il s'empare de tout le registre du cinéma engagé des années 50 et 60 pour faire passer des messages politiques dans le genre du mélodrame néo-réaliste. Quelques titres se distinguent, comme «Eaux noires»(1956), avec Omar Charif, «Gare centrale» (1958), où il interprète un mendiant, et «La terre» (1969), chef-d'oeuvre poétique et politique consacré au monde paysan. Son soutien aux combattants de l'indépendance algérienne dans «Djamila l'Algérienne» (1958), va de pair avec la célébration du panarabisme en vogue («Saladin», 1963).

Des fresques politiques, inspirées par l'idéologie nationaliste, s'enchaînent, comme «Le moineau», (1973), qui impute la défaite arabe de 1967 face à Israël à la classe politique égyptienne sous Nasser. Mais trop à gauche, ses démêlés avec le pouvoir, qui ne cesseront jusqu'à sa mort, se traduiront par une censure redoublée et un exil volontaire au Liban et en France.

Sagas

Sans renoncer aux sagas politiques, Chahine se lance dans le roman filmé de sa jeunesse: «Alexandrie, pourquoi?» (1978, prix spécial du jury à Berlin l'année suivante), «La mémoire» (1982), «Alexandrie encore et toujours» (1989), qui formeront sa trilogie autobiographique.

Puis Youssef Chahine s'insurge face à la montée de l'islamisme dans une Egypte où les chrétiens, comme lui, et aussi les juifs vivaient autrefois en harmonie avec les musulmans. «L'émigré» (1994), inspiré de la vie du patriarche biblique Joseph, et «Le destin» (1997), de celle du philosophe arabe Averroès, lui valent la colère et la censure des intégristes égyptiens.

Revenant sur son parcours, il confiait récemment à l'AFP que «Le destin» figurait parmi ses oeuvres les plus personnelles, celles qu'il avait le plus à coeur, avec «La terre» et «Alexandrie, pourquoi?».








 

Survient le 11 septembre 2001, qui inspira à Chahine un court-métrage controversé, dans un film collectif, suivi en 2004 d'un autre film pour dire son désamour de l'Amérique («Alexandrie... New York»). «J'ai appris mon métier en Amérique, j'y ai eu mes premières amours. Mais je me sens trahi par la politique étrangère de celle qui fut ma meilleure amie, ma maîtresse», avait-il déclaré à l'AFP. Critique évidente du régime autocratique en Egypte, son dernier long-métrage, «Le chaos», co-signé avec Khaled Youssef en 2007, ne remporta pas le succès escompté. «Entre le pouvoir et moi, cela va très mal», avait-il confié.

 

 

Le dernier monstre sacré du cinéma égyptien avait notamment fait jouer Dalida dans «Le sixième jour». Il en parle dans l'extrait vidéo ci-desous (le début est en anglais, la suite en français).