Amour flou dans la ville des pas perdus

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Entre amour et amitié, il n’y a qu’un lit de différence. Et on se demande longtemps si les héros de Lost in Translation, chronique douce-amère, sauteront ou non le pas... Sofia Coppola scrute au plus près la rencontre de ces deux Américains un peu « perdus », dans tous les sens du terme, à Tokyo. L’acteur entre deux âges venu tourner une pub pour un whisky n’a rien en commun avec la très jeune femme délaissée par son mari photographe. Pourtant, leurs destins vont se croiser, d’un verre partagé au bar de l’hôtel sur fond de jazz à une séance de karaoké. Les deux acteurs, Bill Murray et Scarlett Johansson, parfaitement en phase, évoluent en un subtil pas de deux. Sofia Coppola rend compte de leur brève rencontre avec la discrétion du chorégraphe qui sait s’effacer devant ses danseurs. Bien qu’elle se montre peu loquace sur ce sujet, le film ne manque pas de références autobiographiques. Ainsi, la jeune héroïne du film est mariée à un photographe de rock qui la néglige, comme Sofia Coppola l’était du cinéaste et réalisateur de clips, Spike Jonze, dont elle vient de se séparer... La réalisatrice a gagné en maturité depuis Virgin Suicides*. Elle maîtrise parfaitement son outil, si bien que les comédiens parviennent à donner le meilleur d’eux-mêmes, oscillant entre rires et pincements de coeur et entraînant le spectateur dans leur ballet mélancolique. Caroline Vié *Virgin Suicides est repris à partir d’aujourd’hui au cinéma L’archipel (10e).