Bruno Dumont: «On applaudit le film de Clint Eastwood parce que le nom de ce cinéaste est actuellement à la mode»

Recueilli par Alice Antheaume, à Cannes

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(FromL) French director and president of the 'Camera d'Or' Jury Bruno Dumont, poses during a photocall at the 61st Cannes International Film Festival on May 20, 2008 in Cannes, southern France. The Camera d'Or trophy, which rewards a first movie at the Cannes film festival, released May 2008 by Swiss Jeweller Chopard.      AFP PHOTO / Anne-Christine Poujoulat
(FromL) French director and president of the 'Camera d'Or' Jury Bruno Dumont, poses during a photocall at the 61st Cannes International Film Festival on May 20, 2008 in Cannes, southern France. The Camera d'Or trophy, which rewards a first movie at the Cannes film festival, released May 2008 by Swiss Jeweller Chopard.      AFP PHOTO / Anne-Christine Poujoulat — AFP PHOTO / Anne-Christine Poujoulat

Il a des lunettes Ray-Ban comme Sean Penn, le président du jury de la sélection officielle. Le réalisateur Bruno Dumont, lui, est le président du jury de la Caméra d’or, le prix que l’on remet aux premiers longs-métrages retenus au Festival de Cannes, en sélection officielle, pour Un certain regard ou à la Quinzaine des réalisateurs. Dumont en a disséqués 22 pour savoir s’ils méritent ou non cette récompense. Soumis à un devoir de réserve, il ne peut révéler qui sera l’élu, mais explique, en exclusivité pour 20minutes.fr, les grandes lignes de son futur choix.

Quels grands thèmes avez-vous repéré dans les films cette année?

J’aurais du mal à dire qu’il y a un thème, car les cinéastes ont fait preuve d’une grande liberté de traitement. Disons que les sujets qui reviennent sont la famille, la violence, l’école, les images, l’Internet… Bref, ils sont branchés sur le monde contemporain.


On dit la sélection officielle très politique. Est-ce pareil pour les premiers films retenus?

Non, car on y voit une jeunesse plutôt esquintée, apolitique et qui, sans utopie, est plutôt dans la jouissance du présent. Or, le présent est morne, contrairement aux projets que l’on fait pour le futur, forcément plus excitants.


Quels sont les défauts les plus fréquents des premiers films?

Un premier film, ça peut être du n’importe quoi ou un moment de grâce. On peut voir le pire ou le meilleur. Cette année, le niveau est plutôt bon. Mais il arrive que les premiers films soient trop égocentriques, qu’ils manquent de plans larges, de plans sur le monde tout autour. Plus un film sera ouvert sur les autres plutôt que sur soi, meilleur il sera. Contrairement à la sélection officielle, où l’on applaudit le film de Clint Eastwood parce que le nom de ce cinéaste est actuellement à la mode, les premiers films n’ont pas d’historique, puisque le cinéaste signe son premier long. C’est donc une aventure totale!

A quoi ressemble le film qui aura la Caméra d’or?

Il ne sera pas le meilleur des films sélectionnés, mais il sera un vrai bon film, du grand cinéma! S’il n’y en avait pas qui vaille le coup, je ne me gênerais pas: je ne donnerais pas de Caméra d’or cette année. Pour juger, on regarde ce que fait le réalisateur par rapport à l’histoire du cinéma: s’il est dans la nostalgie et qu’il copie ce qui a déjà été vu, ou s’il est téméraire et ose une mise en scène moderne. J’exècre les scénarios putes, les sentiments faciles, les causes universelles, les trucs sirupeux qui puent.