Jean-Pierre Darroussin: «J’ai téléphoné à mon agent pour lui dire «je veux faire ce film»!»

Recueilli par Alice Antheaume, à Cannes

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Jean-Pierre Darroussin et Anaïs Demoustier dans "Les Grandes Personnes" d'Anna Novion
Jean-Pierre Darroussin et Anaïs Demoustier dans "Les Grandes Personnes" d'Anna Novion — DR

Sous ses lunettes et sa casquette, Jean-Pierre Darroussin est à Cannes comme «en vacances». «Des vacances speeds mais des vacances quand même», sourit-il. Il présente pourtant deux films au festival: dans «Les Grandes Personnes» d’Anna Novion, il joue le rôle d’un père paumé et dans «Voyage aux Pyrénées» des frères Larrieu, celui d’un comédien célèbre qu’on confond sans cesse avec André Dussollier.

Malgré l’effervescence cannoise, il semble incarner la force tranquille. Sauf quand soudain, il demande deux minutes de pause au milieu de la discussion. Il revient, «L’Equipe» et «Libé» à la main. «Je les avais laissés dans un coin, j’avais peur de me les faire piquer», explique-t-il. Interview.

Comment faites-vous pour gérer deux films à la fois pendant le festival?Ça ne rend pas schizophrène?

Les films ne sont pas du tout dans le même registre: «Les Grandes Personnes» est l’histoire plutôt réaliste d’un père et sa fille, un couple soudé par l’absence de la mère mais qui a vocation à se désagréger, car l’ado va rejoindre le clan des grandes personnes, même si, dans ce film, les adultes ne sont pas très mûrs. Alors que «Voyage aux Pyrénées» est une proposition de clown, comme si l’on était tous au cirque. Le jeu y est sans filet: l’histoire n’est pas crédible, tout tient à la bonne volonté du spectateur de suivre les clowneries des acteurs.

Dans «Les Grandes Personnes», le personnage que vous jouez visite la Suède façon Guide Vert. Et vous, dans la vie, vous avez le nez plongé dans les guides?

C’est un prof raté qui a surinvesti sa responsabilité de père et veut à tout prix inculquer l’histoire et la géographie à sa fille, ces nobles matières qui permettent de comprendre le monde (rires). Moi, quand je voyage, je me laisse bercer mais je triche. J’ai lu des guides avant et j’ai assimilé ce qu’il y avait écrit. Du coup, mes pas, censés être portés par le vent, sont quand même un peu orientés.

Pourquoi vous, acteur confirmé, avez accepté de tourner dans le premier film d’Anna Novion, une cinéaste encore inconnue?

J’ai dit tout de suite oui après avoir lu le scénario d’Anna Novion, plein de subtilités, surtout dans la façon de faire rire. Et puis, j’aime beaucoup le ridicule du père qui a un enthousiasme pour des choses qui n’intéressent pas du tout sa fille. J’ai téléphoné à mon agent pour lui dire «Je veux faire ce film»! Je suis très fier du résultat. Avec une petite économie et un temps de tournage restreint, vous en voyez beaucoup, vous, des films français de cette qualité?
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