Mathieu Amalric, l’homme qui ne voulait pas être acteur

Alice Antheaume, à Cannes
— 
L'acteur français Mathieu Amalric va jouer l'ennemi de l'agent 007 dans le prochain James Bond, dont le tournage devait débuter jeudi à Londres, a rapporté le quotidien Variety.
L'acteur français Mathieu Amalric va jouer l'ennemi de l'agent 007 dans le prochain James Bond, dont le tournage devait débuter jeudi à Londres, a rapporté le quotidien Variety. — Mark Mainz AFP/Getty images/Arch.

Omniprésent Mathieu Amalric. A Cannes, son nom est sur toutes les lèvres. Forcément, il joue cette année dans deux films sélectionnés. Un illuminé en quête effrénée de plaisir dans «De la Guerre», de Bertrand Bonello, et un frère poivrot banni de sa famille par sa sœur dans le dernier Arnaud Desplechin, «Conte de Noël». «C’est mon double dans le film», explique à 20minutes.fr Bonello, qui assure ne pas être gêné que son acteur principal ne tienne pas que son affiche. «Plus il joue, meilleur il est.» 


Représenter deux films lors du Festival de Cannes, c’est remarquable, mais pas exceptionnel. D’autres Français font des doublés: Jean-Pierre Darroussin (dans «Voyage aux Pyrénées» des frères Larrieu et «Les Grandes personnes» d’Anna Novion) et Louis Garrel (qui joue dans «La Frontière de l’aube» de Philippe Garrel, et a réalisé un court métrage, «Mes Copains», sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs). Mais si Amalric, la quarantaine passée et deux césars à son actif, se détache du lot, c’est qu’il a – bien – installé son siège au Festival depuis l’année dernière, déjà. Lors de l’édition 2007, il figurait dans pas moins de trois longs-métrages présentés au Festival («Le Scaphandre et le Papillon», de Julien Schnabel, «Actrices», de Valéria Bruni-Tedeschi et «La Question humaine», de Nicolas Klotz). 


Il rêve de repasser derrière la caméra

Amalric a beau faire partie de ceux que Thierry Frémaux appelle les «abonnés» du Festival, il n’a qu’une envie: fuir son métier, auquel il est venu, dit-il, par «accident», pour ne pas finir journaliste, comme ses parents. Il le répète: il se sent moins acteur que réalisateur. «Avec Mathieu, c’est de plus en plus difficile, raconte le réalisateur Arnaud Desplechin dans Le Journal du Dimanche. Il résiste et je ne voudrais pas qu’il accepte un rôle par amitié (pour moi). Comment faire pour lui dire “tu n’es pas obligé”… J’y tenais quand même beaucoup, à Mathieu. Ça valait le coup parce qu’il fait est tellement singulier.» Qui n’est pas fana du jeu d’Amalric? Anne Consigny, qui joue sa sœur dans «Conte de Noël», a été conquise et rejoue à ses côtés dans le prochain film d’Alain Resnais, «Les Herbes folles.» 


Ce tourbillon inquiète Amalric, dont les envies de réaliser deviennent pressantes – il a déjà écrit le script de son quatrième film. «Il faut que j’arrête de jouer, lâche-t-il. Depuis dix-huit mois, j’essaie d’arrêter le train.» En vain. En 2008, on le verra encore dans le prochain James Bond, où il campe le méchant. «Il est comme Johnny qui dit qu’il va faire ses adieux, mais qui va mourir sur une scène», sourit Bertrand Bonello.