Sean Penn fait ce qui lui plaît

PORTRAIT Il surfe comme un dieu, fume comme un pompier, lit Montaigne dans les prisons...

Julie Neveux

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L'acteur et réalisateur américain Sean Penn et Robin Wright, avec qui il est marié depuis 11 ans, vont divorcer, rapporte vendredi le magazine People sur son site internet.
L'acteur et réalisateur américain Sean Penn et Robin Wright, avec qui il est marié depuis 11 ans, vont divorcer, rapporte vendredi le magazine People sur son site internet. — Kevin Winter AFP/Getty images/Arch.

Il surfe comme un dieu, fume comme un pompier, lit Montaigne dans les prisons, aide les rescapés de l’ouragan Katrina, et préside à partir d’aujourd’hui le 61e Festival de Cannes. Sean Penn ne fait pas semblant. Il s’engage comme il respire, et il respire fort.
C’est Taps (1981), d’Harold Becker, qui le révèle à l’écran. Il a 21 ans et défraie déjà les chroniques people en cassant la figure aux paparazzis qui collent trop aux basques de son épouse Madonna. Sulfureux mariage, vite consumé, qu’il refuse de commenter : « J’étais un jeune homme en colère. »

Une colère nourrie par le souvenir d’un père, Leo Penn, victime en son temps de l’injustice maccarthyste. Sean Penn est un Zorro qui avance démasqué. «J’aime l’humanité, mais j’ai un problème avec l’humain», confesse-t-il. Le paradoxe alimente sans doute ses combats. L’acteur à la mèche rebelle fulmine sur tous les fronts, décoiffe, frise le ridicule. Violent, parfois dérangeant. En 2002, il paie 56 000 € pour dénoncer la guerre en Irak dans le Washington Post, puis signe des reportages sur l’Iran dans le San Francisco Chronicle, et écrit dans le New York Times que le drapeau américain « menace de devenir l’étendard maudit du meurtre ».

Il tourne sous la direction des plus grands, Brian De Palma, David Fincher, Oliver Stone, Terrence Malick, Woody Allen. C’est sur le tournage de She’s So Lovely (1997) qu’il rencontre Robin Wright, la future mère de ses deux enfants, dont il se sépare quelque temps début 2008, mais qu’il vient de reconquérir.

Sean Penn réalise aussi. The Indian Runner (1991), puis Crossing Guard (1995), où un père se venge de l’assassin de sa fille, rôle qui annonce étrangement celui de Mystic River (2003) que lui offrira Clint Eastwood (en compétition cette année pour Changeling) et qui lui vaudra l’oscar du meilleur acteur.

A l’écran comme dans la vie, il détonne, étonne, prend le risque du lyrisme, donne sa voix à tous ceux qui échouent dans la marge. Il est physique, il est présent. La touche Sean Penn, c’est un cocktail explosif de sincérité et de rock’n’roll, à l’image du destin de Christopher McCandless, le héros de son dernier film, Into the Wild (2007), qui goûte à une liberté si sauvage qu’il s’empoisonne.
Sean Penn dit se réjouir de présider « l’épicentre de la découverte des nouvelles vagues de réalisateurs ». En attendant, il s’offre du jamais vu à Cannes, une « Séance du président », avec le documentaire d’Alison Thompson The Third Wave (2007), ode incitation au bénévolat, sur la reconstruction d’un village sri-lankais après le tsunami. Avec un Sean Penn prêt à faire ce qui lui plaît, doit-on prévoir un avis de tempête sur le palmarès ?
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