Des jeux drôlement effrayants

CINEMA Haneke signe «Funny Games U.S.», le remake américain du plus terrible de ses films...

Caroline Vié
— 
Michael Haneke
Michael Haneke — Azoulay / SIPA

 Les spectateurs du Festival de Cannes 1997 ne sont pas près d'oublier la projection de Funny Games, dans sa version autrichienne d'origine. Assister, en temps réel, au supplice d'une famille propre sur elle a traumatisé un bon nombre de cinéphiles pourtant blasés ! « Je crois que ceux qui sont restés dans la salle ont bien compris mon message contre la représentation malsaine de la violence », s'amuse Michael Haneke avec un sourire espiègle de chat tombé dans la crème. 

Dix ans plus tard, il revient sur les lieux de son crime avec Funny Games U.S., le même film retourné plan par plan en anglais. Objectif avoué : « qu'un large public international puisse découvrir ce film ». Avec des stars pour faire passer la pilule : c'est Michael Pitt qui sera chargé de torturer le couple Naomi Watts-Tim Roth ! Que l'on connaisse ou non les jeux pas vraiment marrants auxquels les victimes participent bien malgré elles, cette copie conforme est aussi éprouvante que son modèle. Le spectateur est régulièrement pris à partie par les protagonistes, ce qui renforce son implication dans l'action. « Je veux conduire le public à s'interroger sur sa complicité avec les pervers et sur le plaisir qu'il ressent à les voir agir », explique le réalisateur. 

Il est difficile de rester indifférent devant des scènes de torture insoutenables, filmées de façon clinique sans le moindre effet gore. « Sur ce terrain, je ne pouvais pas lutter avec les grands succès horrifiques de ces dix dernières années, précise le réalisateur de Caché et de La Pianiste. L'horreur de Funny Games est psychologique, pas visuelle », insiste Haneke. Et ça fonctionne au-delà de ses espérances : Funny Games est plébiscité par les fans de cinéma d'épouvante. « Je n'aurais jamais pensé que les amateurs de Saw puissent apprécier mon film, alors que je cherchais plutôt à les dégoûter du genre », soupire Haneke.