Festival de Cannes: La sélection officielle prend des risques (on verra s'ils sont payants)

NOUVEAUTES Le Festival de Cannes injecte du sang neuf dans une sélection officielle qui paraît audacieuse et cohérente, du moins sur le papier...

Stéphane Leblanc

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Pierre Lescure et Thierry Frémeaux entourent l'affiche du 71e Festival de Cannes
Pierre Lescure et Thierry Frémeaux entourent l'affiche du 71e Festival de Cannes — Francois Mori/AP/SIPA

Ce ne sont pas forcément des inconnus, mais près de la moitié des 18 cinéastes en lice pour la Palme d’or 2018 au Festival de Cannes n’ont encore jamais participé à la compétition. On est loin de l’époque où l’on se demandait « qui, des frères Dardenne ou de Michael Haneke, remporterait sa troisième palme, à moins que Pedro Almodóvar ne crée la surprise en remportant enfin sa première »…

Les huit cinéastes suivants ont en commun de n’avoir encore jamais grimpé le célébrissime tapis rouge de la compétition pour aucun de leurs films et ils ne sont pas du genre à avoir engagé des stars…

  • Eva Husson, la réalisatrice française de Bang Gang (Une histoire d’amour moderne).
  • Nadine Labaki, la réalisatrice libanaise de Caramel.
  • Ryusuke Hamaguchi, cinéaste japonais primé à Locarno pour Senses.
  • David Robert Mitchell, le prometteur réalisateur américain de It Follows.
  • Pawel Pawlikowski, le réalisateur polonais du très réputé Ida.
  • A.B. Shawky, un réalisateur égyptien dont c’est le premier film.
  • Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov, un Iranien et un Russe déjà sélectionnés (mais jamais en compétition) et qui ont la particularité d’être tous les deux assignés à résidence dans leurs pays respectifs.

Alors, bien sûr, ils sont entourés de quelques vieux routiers qu’on ne considérera pas pour autant comme des « habitués » : Jean-Luc Godard, dont la dernière apparition physique sur la Croisette remonte à 2001, ou Spike Lee, qui n’est pas revenu à Cannes depuis Jungle Fever en 1991. Eux non plus n’ont pas de stars à l’affiche…

Non, les seuls « fidèles », ce sont en fait le Français Christophe Honoré, le Sud-Coréen Lee Chang Dong, le Japonais Hirokazu Kore-eda, l’Italien Matteo Garrone en plus de l’Iranien Asghar Farhadi qui ouvre la compétition… Même le Français Stéphane Brizé et l’Italienne Alice Rohrwacher ne fêteront finalement que leur deuxième participation à la compétition ; la première fois, ils en étaient repartis primés. Mais les stars, à part Penelope Cruz et Javier Bardem chez Farhadi et Vincent Lindon chez Brizé, elles sont où ?

 

Audaces hors compétition et Lars von Trier à venir…

Solo, le spin off de Star Wars sur Han Solo, le documentaire sur la campagne de Macron réalisé par Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, un autre (très long, 8h15) sur la Chine de Wang Bing, et un dernier sur le Pape François signé Wim Wenders, un film à sketchs futuristes qui imagine 10 years in Thaïland sur l’avenir de ce pays, deux films de genre en séance de minuit, et (probablement même si pas encore annoncé officiellement) le nouveau Lars Von Trier, The House that Jack Built, sur les exactions d’un tueur en série incarné par Matt Dillon…

Rien de commun a priori entre tous ces films, si ce n’est leur audace et l’excitation qu’ils procurent, au moins sur le papier. Et à l’exception du Star Wars, pour les stars, à part Emmanuel Macron et le Pape Francois (aucun des deux ne montera les marches, je vous rassure), il faudra repasser…

Défricheur de talents

Au Certain regard, section qui retrouve enfin sa fonction première de défricheur après avoir longtemps servi de lot de consolation pour les refusés de la compétition, on note la présence de six premiers films et à peu près autant de seconds sur quinze films au total. Parmi lesquels Les Chatouilles que ses auteurs Andréa Bescond et Eric Metayer ont adapté de leur pièce de théâtre sur la pédophilie…

Girl, premier long-métrage du Belge Lukas Dhont, qui raconte l’histoire d’une adolescente née garçon et qui, avec le soutien de son père, fera tout son possible pour devenir danseuse étoile… On note aussi le retour d’un ancien espoir du cinéma français, Antoine Desrosières, pour un film annoncé comme très olé olé (et d’ores et déjà interdit aux moins de 16 ans pour sa future sortie en salles), A genoux les gars (Sextape). Pas de star à l’horizon non plus.

Les films en compétition pour la Palme d’or (jury de Cate Blanchett)

Todos Lo Saben (Everybody knows) d’Asghar Farhadi
En Guerre de Stéphane Brizé
Dogman de Matteo Garrone
Le livre d’image de Jean-Luc Godard
Netemo sametemo (Asako I & II) de Ryusuke Hamaguchi
Plaire aimer et courir vite (Sorry Angel) de Christophe Honoré
Les filles du soleil (Girls of the sun) d’Eva Husson
Ash is purest white de Jia Zhang-Ke
Shoplifters de Kore-Eda Hirokazu
Capharnaüm (Capernaum) de Nadine Labaki
Buh-ning (Burning) by Lee Chang-Dong
Blackkklansman de Spike Lee
Under the silver lake de David Robert Mitchell
Three faces by Jafar Panahi
Zimna wojna (Cold war) de Pawel Pawlikowski
Lazzaro Felice d’Alice Rohrwacher
Yomeddine d’A.B Shawky
Leto (L’été) de Kirill Serebrennikov

Un certain regard (jury présidé par Benicio del Toro)

Gräns (Border) d’Ali Abbasi
Sofia de Meyem Benm’Barek
Les Chatouilles (Little tickles) d’Andréa Bescond et Eric Métayer
Long day’s journey into night de Bi Gan
Manto de Nandita Das
À genoux les gars (Sextape) d’Antoine Desrosières
Girl de Lukas Dhont
Gueule d’ange (Angel Face) de Vanessa Filho
Euphoria de Valeria Golino
Rafiki (Friend) de Wanuri Kahiu
Mon tissu préféré (My favorite fabric) de Gaya Jiji
Die Stropers (The Harvesters) d’Etienne Kallos
In my room d’Ulrich Köhler
El Angel de Luis Ortega
The gentle indifference of the world d’Adilkhan Yerzhanov