VIDEO. Joaquin Phoenix: «La foule provoque en moi une peur panique»

INTERVIEW L’acteur évoque son rôle de dessinateur tétraplégique dans « Don’t worry, he won’t get far on foot » de Gus Van Sant, ainsi que celui de Jésus dans le récent « Marie-Madeleine »…

Caroline Vié

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Joaquin Phoenix dans Don't worry he won't get far on foot de Gus Van Sant
Joaquin Phoenix dans Don't worry he won't get far on foot de Gus Van Sant — Metropolitan FilmExport
  1. Joaquin Phoenix livre une performance exceptionnelle dans « Don’t worry, he won’t get far on foot », le nouveau film de Gus Van Sant.
  2. Son personnage est un dessinateur à l’humour féroce cloué dans un fauteuil roulant.
  3. Le comédien est également à l’affiche de « Marie-Madeleine » sorti fin mars.

Le caricaturiste John Callahan (1951-2010) aurait sans doute été flatté de se voir revivre sous les traits de  Joaquin Phoenix dans Don’t worry, he won’t get far on foot (« Ne t’en fais pas, il n’ira pas loin à pied »), le nouveau film de Gus Van Sant. Cloué sur un fauteuil roulant dès l’âge de 21 ans après un accident, ce dessinateur satirique a scandalisé l’Amérique avec ses croquis d’une incroyable méchanceté.

Joaquin Phœnix...

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Joaquin Phoenix, récompensé à Cannes en 2017 pour A Beautiful Day de Lynn Ramsay et également à l’affiche de Marie-Madeleine sorti le 28 mars, a confié à 20 Minutes comment il a composé ce personnage haut en couleur sous la direction du réalisateur de Prête à tout (1995).

Comment êtes-vous entré dans la peau de John Callahan ?

J’ai lu son autobiographie qui m’a emballé par son honnêteté. J’ai pu aussi m’appuyer sur plusieurs heures de film que Gus Van Sant, qui le connaissait bien, a tourné avec lui. Il m’a fallu ensuite apprendre à bouger comme un homme en fauteuil roulant - quand on me sort du lit par exemple - ce qui a été comme de découvrir une autre façon d’utiliser son corps.

John Callahan vous semble-t-il être un homme aigri ?

Il s’est fait à l’idée qu’il ne remarcherait pas après une période d’adaptation difficile. Ses dessins auraient sans doute été différents s’il n’avait pas été confronté à cette terrible expérience. Il avait un sens de l’observation incroyable. Son humour féroce est toujours d’actualité. Je ne crois pas qu’il se serait laissé censurer par le diktat du politiquement correct.

Quel personnage était le plus difficile à incarner, John Callahan ou Jésus Christ dans « Marie-Madeleine » ?

Vous avez remarqué ? Les initiales de leur nom sont « JC » comme Johnny Cash que j’ai joué aussi (rires). Dans les deux cas, j’ai considéré le côté humain du personnage. Il m’est indispensable de ressentir de l’empathie pour ceux que j’incarne. Dans le cas de Jésus, j’ai essayé de me mettre dans la peau de Jésus, un homme qui doit rendre des comptes à une entité supérieure. Je me suis dit que s’il n’avait pas peur de mourir, son sacrifice ne voudrait rien dire. C’était un être hors du commun mais je devais mettre en avant son côté humain.

Vous jouez dans les deux films avec Rooney Mara, votre compagne à la ville…

C’est notre troisième collaboration après Her de Spike Jonze. Je peux affirmer que Rooney est l’une des meilleures actrices que je connaisse. C’est une bosseuse qui peut travailler toute la nuit sur un scénario pour capturer une émotion. Elle se donne totalement à ses rôles ce qui correspond aussi à ma conception de notre métier.

Espérez-vous que « Don’t worry… » vous permettra d’obtenir un Oscar ?

Surtout pas ! Car la foule provoque en moi une peur panique, même quand elle se montre bienveillante à mon égard ! Quand je suis monté sur scène pour chercher mon prix à Cannes l’an dernier, j’étais absolument terrifié. J’espère que cela ne s’est pas trop vu ! Je trouve, de plus, un peu ridicule de distinguer une seule personne quand il existe tant de performances épatantes.