VIDEO. Steven Spielberg: «Je n'ai jamais réalisé de film aussi fou que "Ready Player One"»

INTERVIEW Geek et fier de l’être, le réalisateur américain confie à « 20 Minutes » sa satisfaction d’être revenu à un cinéma de pur divertissement…

Caroline Vié

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L'équipe de Ready Player One autour de Steven Spielberg
L'équipe de Ready Player One autour de Steven Spielberg — Warner Bros
  • « Ready Player One » envoie le spectateur dans un univers bourré de références.
  • Steven Spielberg s’amuse à rendre hommage à la culture populaire.
  • Très réussi, son film célèbre la vraie vie plutôt que le monde virtuel.

 

Steven Spielberg s’est amusé comme un grand gamin en réalisant Ready Player One , pour le plus grand bonheur des spectateurs. Son adaptation d’un roman d' Ernest Cline (Michel Lafon) envoie des jeunes geeks dans l’Oasis, un monde virtuel peuplé de créatures issues de la culture populaire des années 1980.

Leur mission ? Résoudre des énigmes laissées par James Hallyday (Mark Rylance), le créateur décédé de cet univers, pour essayer de s’approprier l’héritage qu’il laissera au gagnant du jeu. Il y avait longtemps que le réalisateur de Pentagon Papers et du Pont des espions n’avait pas offert un tel délire aussi ludique qu’excitant ! Sur les traces de Tye Sheridan et d' Olivia Cooke, maître Steven rend hommage aux jeux vidéo et aux films qu’il adore. Une seule vision ne suffit pas pour capter toutes les références dont regorge cette œuvre foisonnante d’un cinéaste soucieux du plaisir de son public et que 20 Minutes a rencontré à Londres.

Rencontrer #stevenspielberg est toujours un bonheur ! Quel gentleman !

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Considérez-vous Ready Player One comme un autoportrait, celui du geek ultime ?

Je ne nie pas être un geek ! J’en suis même fier, mais je me sens plus proche de James Halliday, le créateur de l’Oasis, que des jeunes héros. Comme lui, j’aime donner vie à des mondes différents et entraîner le spectateur avec moi. Je crois n’avoir jamais réalisé de film aussi fou que Ready Player One.

Cela veut-il dire que vous rêvez d’un monde virtuel comme l’Oasis ?

La réalité virtuelle me fait peur et le message du film - le vrai monde vaut mieux que la fiction - est celui que je veux faire passer. A quoi sert d’emmener sa copine au cinéma si chacun est isolé par un casque et vit son expérience de son côté ? J’ai envie que le public vive une expérience collective. C’est ça le cinéma !

Considérez-vous « Ready Player One » comme une sorte d’aboutissement de votre travail ?

Il s’agit surtout d’un retour à ce que j’ai longtemps fait : du cinéma de pur divertissement où je me mets à la place du spectateur. Je vis vraiment l’histoire comme lui avec le même enthousiasme. Cela m’a fait du bien de retrouver ce registre plus léger après avoir tourné plusieurs films historiques. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas autant amusé.

Ce sont surtout les effets spéciaux qui vous amusent ?

Même si, aujourd’hui, on peut virtuellement tout faire, ce qui est très rigolo, les effets spéciaux ne sont là que pour servir le scénario. Rien ne vieillit plus vite. Un film comme le King Kong de 1933 est toujours aussi émouvant parce que, même si ses effets sont datés, l’histoire tient encore la route : je pleure à chaque fois que je le vois.

Comment avez-vous choisi les références qui truffent le film ?

Cela a été un travail de plusieurs mois que de les sélectionner et d’obtenir les droits ! Tous les studios ont joué le jeu ce qui nous a permis d’avoir accès à ce dont je rêvais comme la silhouette de Toshiro Mifune, que j’avais dirigé dans 1941 ou Le géant de fer de Brad Bird que j’adore. C’était extrêmement ludique comme processus.

N’avez-vous pas peur que les plus jeunes spectateurs ne saisissent pas toutes vos références ?

Même s’ils n’ont pas vu les films en entier ou n’ont pas joué à tous les jeux, ils reconnaîtront sans doute certaines icônes de la culture populaire. Et puis, ce qui compte, c’est l’histoire. Le reste n’est que périphérique à l’action, un plaisir destiné à réjouir les amateurs de culture populaire.

Pourquoi n’y a-t-il que peu de références à vos films et aucune à « Star Wars » ?

Se citer soi-même, c’est aussi prétentieux que sinistre… Quant à Star Wars, je ne voulais pas insister car la saga est encore en cours et n’appartient donc pas seulement aux années 1980. Mais, si vous cherchez bien, vous trouverez un X-Wing et quelques personnages. Ce sont mes « easter eggs » (détails cachés) pour les fans.

Le film rend hommage à un grand film signé par un grand cinéaste… Et vous, dans quel film iriez-vous vous promener si vous le pouviez ?

Merci de pas spoiler l’hommage que je rends à un réalisateur qui fut un ami et qui aurait sans doute beaucoup ri de me voir jouer avec son œuvre. Pour ma part, c’est dans La vie est belle (1946) de Frank Capra qui j’irais bien faire un petit tour. Je me sentirais comme chez moi dans ce monde bienveillant.

Vous avez 71 ans, où trouvez-vous l’énergie de faire deux films par an ?

J’ai de bons gènes ! Ma mère, décédée à 97 ans, a tenu son restaurant avec une incroyable énergie jusqu’à sa mort. Et mon père qui a 101 printemps, continue à faire de la gym… Je compte bien rester aussi dynamique qu’eux, même si je commence à avoir des douleurs dans les genoux et besoin de me reposer un peu.