VIDEO. «La forme de l’eau»: Comment Guillermo del Toro assume ses influences et les dépasse

PORTRAIT Le cinéaste mexicain Guillermo del Toro a puisé dans de nombreux films pour créer «La forme de l’eau», œuvre romantique et singulière malgré tout…

Caroline Vié

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La forme de l'eau de Guillermo del Toro
La forme de l'eau de Guillermo del Toro — 20th Century Fox
  • Avec « La Forme de l’eau », Guillermo del Toro signe son film le plus accessible pour le grand public.
  • Une pluie de prix et de nominations a couronné ce film qui emprunte et rend hommage à de nombreux auteurs.
  • « La Forme de l’eau » est, in fine, aun film extrêmememnt personnel.

Guillermo del Toro peut se frotter les mains : le geek mexicain a gagné la reconnaissance de ses pairs, qu’il soit ou non couronné aux Oscars pour La Forme de l’eau le 4 mars prochain. Le Lion d’or à Venise avait ouvert le bal des distinctions à venir.

La rencontre d’une jeune femme timide (émouvante Sally Hawkins) et d’une mystérieuse créature aquatique prisonnière dans un laboratoire permet au réalisateur du Labyrinthe de Pan et de L'échine du diable de réunir ses obsessions et influences - amours fantastiques, expériences interdites, suspense gothique - dans un superbe film somme.

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20 Minutes s’est penché sur les films et les univers qui ont inspiré Guillermo del Toro pour réaliser une œuvre accessible et unique, tant ses influences ont été parfaitement digérées.

Le héros du film : "L’étrange créature du Lac noir"

A voir le héros, on pense aussitôt au design de L'Etrange créature du lac (Jack Arnold, 1954), l’une des œuvres de chevet de Guillermo del Toro. Mais, plus que ce film, c’est le troisième opus de la saga, La Créature est parmi nous (John Sherwood, 1956) qui a inspiré le cinéaste pour ses expériences scientifiques. « Je me suis toujours identifié à la Créature même si nous n’avons pas le même tour de taille », confie-t-il à 20Minutes.

Le grand maître complice : Terry Gilliam

Guillermo del Toro a beaucoup puisé chez Terry Gilliam. « La richesse graphique de son monde et son côté joyeusement désespéré me touchent tout autant que son sens du romantisme bizarre », avoue-t-il. Le look rétro du film n’est pas étranger à l’univers de l’ancien Monty Python qui est lui aussi un excellent dessinateur. Quant au méchant incarné par Michael Shannon, il n’est pas sans rappeler celui qu’interprète Michael Palin dans Brazil.

Le râleur de génie : Jean-Pierre Jeunet

Le réalisateur du Fabuleux destin d'Amélie Poulain n’a pas mâché ses mots pour accuser Guillermo del Toro d’avoir pillé ses œuvres notamment une scène de danse d’un couple assis sur un lit dans Delicatessen. La Forme de l’eau se révèle cependant beaucoup plus sombre que les films de Jeunet qui s’est, lui, aussi, largement servi chez Terry Gilliam.

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L’hommage respectueux : "Gods and monsters"

Méconnu en France, Gods and Monsters (1998) de Bill Condon raconte l’amour du réalisateur de Frankenstein(1931), James Whales, pour son jardinier. « La performance de Ian McKellen en cinéaste vieillissant m’a bouleversé au point de m’inspirer l’homosexuel en mal d’amour que joue Richard Jenkins dans mon film », explique Guillermo del Toro.

La référence ultime : "La Belle et la Bête"

L’amour d’une humaine pour un être que le monde extérieur considère comme monstrueuse est au centre de ce récit d’une grande tendresse. « J’ai toujours ressenti une grande empathie pour les monstres, explique le cinéaste, c’est eux que je convoquais à mon chevet pour calmer mes terreurs enfantines. » Cette tendresse pour les laissés-pour-compte affleure dans La Forme de l’eau qui doit beaucoup à La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

Et une (petite) auto référence Abe Sapien de "Hell Boy"

L’Amphibien du film évoque Abe Sapien dans Hellboy, réalisé en 2004 par Guillermo del Toro. « Les créatures aquatiques m’émeuvent car elles semblent éloignées de l’humain », insiste le réalisateur. Et on n’est pas étonné de voir Doug Jones, fidèle du réalisateur qui incarnait Abe Sapien, également incarner le héros de La Forme de l’eau.