«Black Panther», «Black Lightning», «Luke Cage»... Pourquoi le monde a besoin de super-héros noirs

BLACK (SUPER) POWER Avec le blockbuster «Black Panther» et les séries «Luke Cage» et «Black Lightning», les super-héros noirs prennent enfin le pouvoir...

Vincent Julé, avec Philippe Berry

— 

«Luke Cage», «Black Panther», «Black Lightning»... Trois super-héros noirs, trois oeuvres importantes
«Luke Cage», «Black Panther», «Black Lightning»... Trois super-héros noirs, trois oeuvres importantes — Netflix / Marvel Studios / The CW

Black Panther est le dix-huitième film Marvel, et peut-être le plus important. Oui, plus important encore que Avengers : Infinity War, qui sort deux mois plus tard et réunit plus de 60 personnages du Marvel Cinematic Universe. En fait, tout est une question de représentation. Avec son super-héros, son réalisateur, son équipe et son casting majoritairement afro-américains, Black Panther est, selon le Time, « le blockbuster le plus magnifiquement noir que Hollywood n’ait jamais produit ». Le magazine offre sa couverture au film et son acteur Chadwick Boseman avec ce titre : « A Hero Rises ».

>> Chadwick Boseman: «"Black Panther" ouvre une brèche à Hollywood pour les Noirs»

« Se reconnaître dans des personnages est nécessaire »

Comme l’écrit le journaliste du Time, Jamil Smith, de but en blanc : « Si vous lisez ceci et que vous êtes blanc, voir des gens qui vous ressemblent à l’écran n’est pas quelque chose auquel vous pensez souvent. (…) Ceux d’entre nous qui ne sont pas blancs ont plus de mal à trouver une représentation de nous-mêmes, une représentation multiple de notre humanité. Se reconnaître dans des personnages est nécessaire pour se sentir vus et compris, mais aussi pour être vus et compris. Sinon, tout le monde est perdant. »

Un film, une utopie

Professeur à l’Université de UC Riverside et coéditeur du livre The Blacker the Ink - Constructions of Black Identity in Comics, John Jennings parle d'« annihilation symbolique », « l’idée qu’en ne montrant pas un peuple et son histoire, vous les tuez symboliquement. C’est l’une des raisons pour lesquelles les colonisateurs détruisent toujours l’art des colonisés. Leur enlever leur image, c’est leur enlever leur identité. C’est ce qui est arrivé aux Américains noirs, qui ne descendent pas d’immigrants mais d’Africains captifs. Donc, oui, on ne parle que d’un film, mais il représente une utopie, les espoirs et rêves d’une nation invisible dont les besoins d’affirmation se réalisent enfin. »

>> Erreurs d'affiches: «Black Panther» n'a pas été victime de «Google bombing» raciste

Un phénomène avant même la sortie

Avant même sa sortie vendredi aux Etats-Unis et à l’instar de Wonder Woman pour les femmes l’année dernière, Black Panther est donc déjà un phénomène culturel, social et médiatique, avec par exemple  le hashtag #WhatBlackPantherMeansToMe, la réaction virale d’élèves à l’annonce qu’ils verront le film ensemble, les rayons des magasins remplis de déguisements et de jouets de super-héros « who look like me », une presse mobilisée et des critiques dithyrambiques - 98 % d’avis positifs sur le site de référence Rotten Tomatoes.

Le record de préventes pour un film de super-héros

Mais le film est également une étape décisive pour Hollywood. « Une nouvelle génération de créateurs noirs, qui ont grandi avec la SF, le fantastique, les comics, sont maintenant au pouvoir à Hollywood, commente John Jennings. Les studios comme Disney ou Warner se rendent compte qu’ils passent à côté de beaucoup d’argent en ignorant le public noir, et je pense qu’une nouvelle ère est en train de s'ouvrir. » Après avoir battu le record de préventes pour un film de super-héros, Black Panther s’oriente vers un premier week-end américain à hauteur de 165 millions de dollars, un chiffre proche des succès Deadpool, Batman V Superman ou Iron Man 3.

>> A lire aussi : Lupita Nyong’o est fière du message porté par «Black Panther»

Une question d’identification

Même s’il est présenté comme tel par certains médias, Black Panther n’est pas le premier super-héros noir sur les écrans. Son réalisateur lui-même, Ryan Coogler, cite les films Blade et la série Luke Cage comme références et fierté. Le Marvel Cinematic Universe avait d’ailleurs déjà Nick Fury, War Machine, Heimdall ou le Faucon comme super-héros noirs, mais dans des rôles secondaires. Luke Cage change la donne avec un super-héros noir tête d’affiche, et surtout un super-héros noir du quotidien, de quartier. «  Comment incarner Luke Cage à l’écran ?, s’amuse le showrunner de la série Cheo Hodari Coke. Tu descends une rue de Harlem, tu mets de la musique, et voilà, tu as Luke Cage. » Toujours cette question de représentation, d’identification.

Une super-héroïne noire et lesbienne

Dernière incarnation de ce mouvement « Black Superheroes Matter », la série Black Lightning est disponible depuis fin janvier sur Netflix. Si Black Panther est indéniablement politique avec son pays africain à la fois traditionnel et futuriste, son trio de femmes fortes et son héros roi qui doit accepter son héritage et ses responsabilités, Black Lightning se révèle encore plus moderne avec son père de famille qui a échangé, il y a dix ans, son costume de super-héros contre celui de proviseur de lycée, mais qui doit sortir de sa retraite face aux violences policières et règne des gangs. Et il a une fille, une fille lesbienne qui se découvre des pouvoirs. La première super-héroïne noire et lesbienne.