VIDEO. «Phantom Thread» : Paul Thomas Anderson entre tyrannie et sympathie

EGO Il n’est pas rare de voir un auteur créer un personnage d’artiste à son image… Mais pas dans « Phantom Thread », où l’odieux styliste campé par Daniel Day Lewis ne ressemble en rien à l’adorable Paul Thomas Anderson…

Caroline Vié

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Paul Thomas Anderson sur le tournage de Phantom Thread de Paul Thomas

Paul Thomas Anderson sur le tournage de Phantom Thread de Paul Thomas — Universal Picture France

  • Amour et création sont au cœur du nouveau film de Paul Thomas Anderson. La tyrannie aussi.
  • Tyrannique, Daniel Day Lewis l’est dans « Phantom Thread », film écrit à quatre mains par Paul Thomas Anderson et son acteur fétiche.
  • Tyrannique, Paul Thomas Anderson ne l’est pas du tout sur le plateau, où malgré le travail, l’ambiance est plutôt à la rigolade…

Paul Thomas Anderson est catégorique : « Je ne suis pas aussi pénible que Reynolds Woodcook, le héros de Phantom Thread ! », explique-il à 20 Minutes. Le réalisateur a écrit l’histoire de ce styliste tyrannique à quatre mains avec Daniel Day Lewis qu’il avait dirigé dans There will be blood (2008).

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« Les gens nous imaginent comme étant tout le temps très sérieux, Daniel et moi, mais c’est faux, insiste encore le cinéaste. Nous ne prenons pas notre travail à la légère, mais nous nous amusons beaucoup. » Paul Thomas Anderson n'est pas du genre à faire régner la terreur sur ses plateaux. « Ce n’est pas une démocratie, car il faut que quelqu’un décide mais ce n’est pas non plus une dictature. » L'important, c'est de pouvoir travailler en amont avec les acteurs afin d'être sur la même longueur d’onde au moment du tournage.

Un réal très LOL

« Le scénario avait quelque chose de poétique et d’incroyablement libre appelant à l’expérimentation », raconte l'actrice Vicky Krieps, révélation du film en jeune femme au caractère en acier trempé sous une douceur apparente. Paul Thomas Anderson s’amusait beaucoup à la voir faire tourner en bourrique le couturier autoritaire lors de scènes dantesques à l’humour un tantinet pervers. « Je devais parfois lui demander de sortir, se souvient Daniel Day Lewis. Car il gâchait ses propres prises en riant trop fort, un vrai gosse ! »

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Une omelette pas comme les autres

Le bonheur de voir les acteurs donner vie aux personnages qu’il a créés émerveille toujours autant Paul Thomas Anderson. « Je ne leur donne pas d’indications précises par écrit, j’en serais bien incapable, explique-t-il. Je les laisse tâtonner en liberté sur la trame que je leur ai donnée me contentant de les guider quand ils en ressentent le besoin. » Les tête-à-tête entre les deux protagonistes offrent de grands moments de cinéma qui culminent autour d’un repas qui change à jamais la façon dont le spectateur considérera une omelette.

Pas un obsédé !

Sa passion pour le cinéma, Paul Thomas Anderson refuse de la comparer avec celle qui dévore son héros dont la moindre contrariété l'empêche de créer ses robes. « Je ne suis pas obsédé par mon boulot comme le styliste de Phantom Thread, affirme-t-il. Ma famille ne me laisserait jamais me conduire ainsi et se moquerait de moi impitoyablement ! » Si la création artistique est le thème central de ce film somptueusement mis en scène, elle ne semble pas torturer le cinéaste qui n’a pas à souffrir - ni à faire souffrir - pour donner le meilleur de lui-même.

Paul Thomas Anderson #phantomthread

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