«Revenge»: Le «rape and revenge», retour sur un genre très controversé du cinéma

GENRE Le film français « Revenge » de Coralie Fargeat, en salle mercredi, est la dernière incarnation d’un sous-genre méconnu et controversé du cinéma, le « rape and revenge »…

Vincent Julé

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L'actrice italienne Matilda Lutz dans le film français «Revenge» de Coralie Fargeat.
L'actrice italienne Matilda Lutz dans le film français «Revenge» de Coralie Fargeat. — Beck Media/Rezo Films

Une jeune femme violée et laissée pour morte revient se venger de ses agresseurs. Voici le pitch du film français Revenge, en salle mercredi, mais aussi de L'ange de la vengeance, Oeil pour oeil, Crime à froid et d’autres films sortis essentiellement dans les années 1970-1980.

Ils ont même été réunis sous une étiquette, le rape and revenge (« viol et vengeance »), comme peut en compter le cinéma de genre : slasher, home invasion, torture porn

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A la source du genre

Considéré surtout comme un sous-genre du cinéma d’horreur ou d’exploitation, le rape and revenge trouve pourtant son origine du côté du cinéma d’auteur, et de La Source d’Ingmar Bergman, oscar du meilleur film étranger en 1961. Dans une Suède médiévale, la jeune Karin se fait violer et assassiner par trois bergers sous les yeux de sa sœur Ingeri. Le soir, les meurtriers demandent l’hospitalité dans une ferme, la ferme des parents de Karin.

Si La Source n’est pas à proprement dit un rape and revenge, il en fixe certaines caractéristiques, comme la construction en trois actes (le viol/le retour/la vengeance) et que cette même vengeance peut être portée par un tiers, ici la famille, mais aussi le mari (J’ai rencontré le diable, Nocturnal Animals) ou la sœur (Viol et châtiment).

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« C’est seulement un film… c’est seulement un film… »

En fait, le genre est plus ou moins acté dix ans plus tard avec La Dernière maison sur la gauche, premier film de Wes Craven et quasi-remake de La Source. Les bergers y sont remplacés par des criminels échappés de prison, et la vengeance des parents y est beaucoup plus spectaculaire avec coups de fusil, pénis arraché avec les dents et tronçonneuse. « Dites-vous que c’est seulement un film… », répétait la promo du film.

Cette violence vaut au rape and revenge d’être cantonné aux cinémas grindhouse et drive-in, en plus d’être très critiqué dans les médias, par les femmes.

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Viol, revanche et moralité

En effet, même s’ils mettent en scène des héroïnes fortes, ces films se révèlent souvent aussi complaisants avec le viol lui-même qu’avec la vengeance qui s’ensuit. Un même suspense morbide infuse les séquences, qui se répondent et troublent les repères moraux du spectateur en mêlant chair et sang, érotisme et violence. Cette dualité se retrouve jusque dans le terme de rape and revenge, une désignation que la réalisatrice Coralie Fargeat n’accepte qu’à moitié pour son film Revenge. Elle préfère citer comme source d’inspiration le Kill Bill de Quentin Tarantino, avant tout un pur film de vengeance mais également un hommage assumé au rape and revenge, à l’instar du personnage d’Elle Driver qui reprend le look de l’héroïne de Thriller - A Cruel Picture.

Aussi controversé soit-il, le rape and revenge est resté un genre à part entière du cinéma, avec des déclinaisons à l’étranger (Lady Snowblood et La Femme Scorpion par exemple au Japon), des remakes dans les années 2000 (La Dernière maison sur la gauche, I Spit On Your Grave, Chiens de paille), ou des films traditionnels qui n’en revendiquent pas le nom, à commencer par Irréversible de Gaspar Noé ou plus récemment Elle de Paul Verhoeven. C’est d’ailleurs le terme lui-même, simpliste et réducteur, qui a toujours été critiqué, moins les films. Le rape and revenge est mort, vive… le cinéma ?