«Pentagon Papers»: Pourquoi le cinéma américain aime tant mettre en scène des journalistes

CINEMA « Pentagon Papers », sorti ce mercredi, s’ajoute à la longue liste des films célébrant à leur manière le métier de journalistes. Une marotte typiquement américaine…

F.R.
Image extraite du film «Pentagon Papers» de Steven Spielberg.
Image extraite du film «Pentagon Papers» de Steven Spielberg. — Universal Pictures International France
  • « Pentagon Papers » de Steven Spielberg, sorti le mercredi 24 janvier, se déroule au cœur de la rédaction du « Washington Post ».
  • Les « newspapers movies » composent un sous-genre du cinéma américain.

Pentagon Papers, le dernier film de Steven Spielberg, est en salle depuis ce mercredi. Il raconte  comment le Washington Post, dans la foulée du New York Times, a publié en 1971 des informations secret-défense sur la guerre du Vietnam, mettant le pouvoir en place et les administrations précédentes face à leurs mensonges.

Le long-métrage, en lice pour l’Oscar du meilleur film, s’ajoute à une liste déjà bien fournie d’œuvres américaines sur le journalisme. Bas les masques, Les hommes du président, Zodiac, Spotlight ou le si célébré Citizen Kane… autant d’exemples de « newspaper movies ». « Un genre à part entière, au même titre que les films de cow-boys ou les films de guerre ou les policiers », apparu dans la foulée du parlant comme le note Sonia Dayan-Herzbrun dans son livre Le journalisme au cinéma (Seuil).

Cette spécificité américaine n’a pas d’équivalent chez nous. Vous aurez beau secouer vos souvenirs dans tous les sens, vous ne parviendrez sans doute pas à faire émerger cinq œuvres de fiction dont la figure du journaliste est au cœur même d’un scénario célébrant la profession. A 20 Minutes, on a essayé et, de mémoire récente, on ne peut que citer L’Enquête de Vincent Garencq, sorti il y a trois ans, au sujet de l’affaire Clearstream. Et encore, Denis Robert y apparaît autant comme un journaliste que comme un lanceur d’alerte, ce qui n’est pas la même chose.

« Le journaliste, représentant de la démocratie »

Si les « newspapers movies » sont si prisés outre-Atlantique, c’est assurément en raison du sacro-saint premier amendement de la Constitution qui défend, notamment, les libertés d’expression et de la presse. « La fiction a recours à la figure du journaliste pour tout ce qui a à voir avec le travail d’enquête – ce qui le rapproche d’un policier – ou l’aventure – un grand reporter peut aisément se retrouver dans une situation dangereuse. Mais le journaliste peut aussi être le représentant de la démocratie, celui qui définit le bien et le bien collectif, souligne Jean-Michel Frodon, auteur de Print The Legend – Cinéma et journalisme (éd. Cahiers du cinéma). Alors qu’en France ce sont le plus souvent des personnages de juges ou de policiers qui sont investis de cette fonction. »

« Bien évidemment, il y a des journalistes pourris dans les films comme dans la vie, mais c’est une figure qui a la possibilité d’avoir une influence à une échelle qui le dépasse, reprend Jean-Michel Frodon. Son action peut avoir un effet à l’échelle d’une ville, d’un pays, voire du monde. Et puis, le journaliste s’attaque à des puissants face auxquels le commun des mortels est impuissant. »

Un imaginaire qui s’arrange de la réalité

En héroïsant ainsi les reporters, les films contribuent à nourrir une vision fantasmée d’une profession aussi admirée que décriée. « Steven Spielberg, dans Pentagon Papers, s’approche davantage de l’imaginaire véhiculé par le cinéma que de la réalité des salles de rédactions qui, je pense, ne ferait pas rêver les gens. » Si Spotlight, Oscar du meilleur film en 2016, montre bien des journalistes effectuer des tâches banales comme la vaisselle, il est plus fréquent de voir sur grand écran des reporters enchaîner recherches, rencontres et interviews sans compter ni leurs heures de travail, ni leur temps de sommeil.

Aussi, si le cinéma s’inspire de la réalité, les journalistes doivent beaucoup au pouvoir d’évocation du septième art. Comme le fait remarquer Sonia Dayan-Herzbrun en posant une question rhétorique dans l’introduction de son livre : « Quel souvenir garderait-on aujourd’hui de l’affaire du Watergate s’il n’y avait eu Dustin Hoffman et Robert Redford pour incarner et immortaliser ces véritables héros que sont devenus [les journalistes] Carl Bernstein et Bob Woodward ? » Merci Les hommes du président !