Festival de Sundance: «Ce ''Croc-Blanc'' animé s'adresse à une nouvelle génération de spectateurs»

INTERVIEW Le Luxembourgeois Alexandre Espigares, oscarisé pour le court «Mr. Hublot», adapte le roman de Jack London pour son premier long-métrage d'animation...

Propos recueillis par Philippe Berry

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«Croc-Blanc», d'Alexandre Espigares, sortira sur les écrans le 28 mars 2018.
«Croc-Blanc», d'Alexandre Espigares, sortira sur les écrans le 28 mars 2018. — WILD BUNCH

Ah, Croc-Blanc, ses grands espaces, son amitié inoubliable et ses fiches de lecture à faire en classe de 6e. Adapté au cinéma dans un film avec Ethan Hawke il y a plus de 25 ans, le roman de Jack London revient sur les écrans le 28 mars, en version d’animation 3D. Alexandre Espigares, oscarisé avec Laurent Witz pour le court-métrage d’animation Mr Hublot en 2014, revient sur la genèse du projet, présenté cette semaine au festival de Sundance.

Pourquoi avoir choisi d’adapter Croc-Blanc en animation ?

Après 25 ans, ce nouveau Croc-Blanc animé s’adresse une nouvelle génération de spectateurs. L’animation a une vraie valeur ajoutée, qui nous permet d’aller explorer des facettes du personnage difficilement abordables dans un film de prise de vue réelle. Nous restons ici proches du chien-loup et racontons l’histoire de son point de vue. Il devient vraiment le héros de l’histoire.

Quelle est la différence sur la taille des équipes entre un court-métrage de 11 minutes à un film de 80 minutes ?

Sur Mr Hublot, on devait avoir une équipe de 35 à 40 personnes. Pour Croc-Blanc, on doit se situer entre 100 et 120 personnes. C’est finalement assez peu quand on considère que les gros studios américains sont souvent au bien au-delà de la barre des 400 personnes pour un long-métrage d’animation.

Le style graphique est unique, qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Lorsque j'ai accepté de réaliser Croc-Blanc, j'ai été présenté aux deux créateurs graphiques du film, Stéphane Gallard, qui par la suite a accompagné le projet en tant que directeur artistique et Antoine Poulain qui est à l'origine du design des personnages principaux du film. Ensemble ils avaient déjà posé les bases de ce qu'allait devenir la direction artistique du film. Le style graphique m'a immédiatement séduit. C’est un style proche de formes d’art plus classiques, comme la sculpture et la peinture, avec des personnages aux traits anguleux et ciselés qui, pour certains, frôlent la caricature, avec des gueules comme on peut en voir dans beaucoup de westerns italiens, un genre qui me tient à coeur. Pour les décors, nous sommes restées dans quelque chose de très naturaliste tout en nous éloignant subtilement de la réalité quand le récit l’exigeait.

Comment le film se retrouve-t-il à Sundance ? Est-ce un bon tremplin pour les Oscars 2019 ?

C’est une copie de travail incomplète du film qui a été envoyée à Sundance. Nous n’avions que quelques plans du film finalisés et deux bandes-annonces. Les gens du festival nous ont fait confiance. Entre temps, ils ont pu voir le film finalisé. Sundance est en effet connu pour être un tremplin à Oscars, mais je suis toujours très prudent quant à ce genre de pronostics. J’ai surtout fait Croc-Blanc pour qu’il soit vu par un large public. S’il peut empocher un prix au passage, tant mieux, mais cela n’est pas un but en soi.

Qu’est-ce qu’a changé l’Oscar pour Mr Hublot dans votre carrière ?

En tant qu’animateur, vous êtes relativement anonyme et c’est surtout votre travail qui est mis en avant, rarement votre nom et encore moins votre tête. L’Oscar vous met sous les projecteurs et soudain des gens de tous horizons s’intéressent à vous. Dans mon cas, cela a attiré l’attention de producteurs luxembourgeois et français qui m’ont permis de réaliser mon premier film d’animation.

Le casting américain des voix est impressionnant avec Nick Offerman, Rashida Jones et Paul Giamatti. Avez-vous eu votre mot à dire ?

Les voix américaines ont été choisies par nos partenaires américains. C’est une recherche de plusieurs mois qui s’est faite en parallèle de la fabrication du film et qui a entièrement été gérée par l’équipe US. Je leur ai fait confiance dans la mesure où je les avais briefées au préalable sur le type de voix et de personnages que je recherchais. De leur côté, ils avaient la connaissance du terrain et un accès direct aux comédiens et aux agents. Je n’ai pas vraiment de préférence entre la VA et la VF. Les deux sont sensiblement différentes, mais aucune n’est supérieure à l’autre.