VIDEO. Corrida: Le film «Ferdinand» ravive le débat entre opposants et aficionados

DEBAT Le long-métrage d’animation, sorti en décembre, suit les péripéties d’un taureau qui refuse de combattre…

Nicolas Bonzom

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Ferdinand est sorti en décembre dernier.
Ferdinand est sorti en décembre dernier. — Twentieth Century Fox
  • Ferdinand est sorti le 20 décembre dernier en France avec pour héros un taureau qui ne veut pas aller dans l’arène défier le torero.
  • 20 Minutes a interrogé pro et anti-corrida autour de ce dessin animé.

Ferdinand a ravivé les tensions entre anti et pro-corrida. Vu par plus d’1,8 million de spectateurs en France depuis sa sortie dans les salles obscures le 20 décembre dernier, le long-métrage d’animation de Carlos Saldanha, à qui l’on doit notamment les trois premiers opus de L’âge de glace, réjouit les premiers, et crispe quelque peu les autres.

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20 Minutes a interrogé des passionnés de la corrida (qui ont été peu à répondre à nos sollicitations), et des militants qui y sont opposés (nombreux, eux), pour évoquer ce taureau qui refuse de combattre dans l’arène, traditionnel destin de ses congénères.

« Un gentil taureau qui cueille des fleurs, cela n’existe pas »

Le Nîmois Christian Le Sur, ancien matador, tombé dedans quand il était petit, a fondé le Centre français de la tauromachie dans les années 1980, où il enseigne sa passion à des adolescents de 12 à 18 ans. Pour lui, l’œuvre des studios Blue Sky est « insidieuse », basée sur un mensonge, et n’est là que pour « faire de l’argent ». « Un gentil taureau que l’on caresse, qui cueille des fleurs, qui parle et qui est capable de sentiments, cela n’existe pas », gronde-t-il. Pour Christian Le Sur, le mensonge est équivalent à celui de Walt Disney qui faisait de Winnie un gentil ourson, alors que les ours attaquent et tuent.

L’ancien matador s’indigne, aussi, contre la séquence finale du film, où le torero est quelque peu tourné en ridicule. « Ces anti-taurins occultent tout des sacrifices de cet artiste : l’ascèse de la pratique, le don de soi, l’acceptation du danger, de la douleur […], au service de sa création », note Christian le Sur, évoquant ces « héros, trop nombreux cette année, qui ont versé leur sang dans l’arène », « avec grandeur et orgueil ».

« C’est un dessin animé »

« C’est juste un dessin animé, qu’il faut prendre comme un dessin animé, un conte pour les enfants, un peu comme Bambi ou La reine des neiges, souligne de son côté Brigitte Dubois, la présidente du Centre de tauromachie de Nîmes. Nos élèves qui ont vu ce film m’ont dit la même chose, et cela ne les a absolument pas fait renoncer à leur passion. »

Alberto Garcia, le président du club taurin de Nîmes A la Cinco de la tarde, a une réaction similaire. « Nous avons vu un dessin animé, ni plus, ni moins », confie-t-il.

« C’est dans l’air du temps »

Du côté des anti-corrida, en revanche, ce dessin animé tombe à pic, alors que la fréquentation des arènes baisse, et que certains maires banissent la mise à mort. « C’est dans l’air du temps », assure Thierry Hély, le président de la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas. Jamais un metteur en scène n’aurait fait un tel film il y a encore quelques années. Pendant longtemps, on ne s’en prenait pas à “sa majesté Corrida”. »

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Seul bémol pour le militant : dans le long-métrage distribué par la 20th Century Fox, le taureau récalcitrant fait figure d’exception. Lui seul refuse de combattre, alors que les autres semblent s’en faire une joie. « On a comme l’impression que tous les taureaux veulent y aller, sauf lui, note-t-il. Mais en réalité, tous les taureaux sont des Ferdinand. »

« Une culture dépassée et barbare »

Claire Starozinski, présidente de l’Alliance anticorrida, voit en ce film « un indicateur et une illustration saisissante d’une prise de conscience générale vis-à-vis de la corrida ».

Chez Peta, Anissa Putois se félicite de la sortie de ce film, qui « montre que la culture de la tauromachie est vraiment dépassée et barbare. Il permet aux enfants et aux adultes de se mettre à la place des taureaux voués à une fin tragique dans l’arène et à diffuser le message que les animaux sont des individus. Les films pour enfants sont d’excellents moyens de porter l’attention des plus jeunes sur le respect de l’animal et sur la nécessité de s’opposer aux industries qui les maltraitent. » Pour la militante, Ferdinand s’ajoute à une longue liste de films « qui servent à diffuser un message de compassion envers les animaux », comme Dumbo contre les cirques, Bambi ou Rox & Rouky contre la chasse.

« Ferdinand » utilisé dans la communication des anti-corrida

Le long-métrage a même quelque peu échappé à son réalisateur, certaines associations prévoyant même de l’utiliser dans leurs actions de communication. Par exemple, le collectif Droit des animaux Sud a profusément annoncé sa sortie sur les réseaux sociaux, « car il est certain que ce film est très utile à la cause animale », note sa représentante, Joëlle Verdier. « Nous allons nous en procurer un exemplaire, afin de le diffuser lors de nos actions de rue à Montpellier sur la cause anti corrida », reprend-elle.

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La Fédération des luttes pour l’abolition des corridas, de son côté, a même profité de la projection du film fin décembre pour aller à la rencontre des parents et de leurs enfants, devant des salles de cinéma de Montpellier. D’autres actions de ce type ont eu lieu dans d’autres villes du Sud de la France autour de Ferdinand, à Béziers ou à Nice.

Mais si Ferdinand débarque dans une période où le débat sur la corrida fait plus rage que jamais, l’histoire n’est pas nouvelle. En 1938, les studios Disney avaient déjà mis en scène ce taureau qui refuse de combattre, dans un court-métrage, oscarisé, inspiré d’un conte pour enfants écrit par Munro Leaf​ en 1936, où un torero termine en pleurs devant un Ferdinand qui préfère humer le parfum d’une fleur que de le courser…