Cate Blanchett présidente du jury à Cannes, un choix engagé, vraiment?

FESTIVAL Elle est la 12e femme à se voir confier la présidence du jury du Festival de Cannes...

L.B.

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Cate Blanchett à Londres le 3 décembre 2017.

Cate Blanchett à Londres le 3 décembre 2017. — KM1/ZOB/WENN.COM/SIPA

  • Cate Blanchett présidera le jury du 71e Festival de Cannes.
  • Elle vient de lancer avec d'autres stars la fondation Time's Up pour lutter contre le harcèlement sexuel.

Une femme présidente ! L’heure est à la disruption à Cannes et si vous percevez une pointe d’ironie, vous ne vous trompez pas. Cate Blanchett a été choisie pour présider le jury de la 71e édition de son Festival, ont annoncé les organisateurs ce jeudi. Elle est la 12e femme (sur 71 éditions, donc) à se voir confier la présidence, quatre ans après la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion.

« Le choix de Cate Blanchett est glamour, cinéphile et politique »

Dans le contexte de #balancetonporc et du séisme provoqué par le scandale sexuel Harvey Weinstein, le choix de cette actrice australienne est-il aussi fort que les médias veulent le faire croire ? « C’est glamour, cinéphile et politique », juge Emmanuelle Spadacenta, rédactrice en chef de Cinémateaser. L’actrice est une habituée du Festival et en même temps c’est un choix féministe, elle fait partie des plus de 300 actrices engagées contre le harcèlement ». Le projet Time’s Up [C’est fini, en VF] lancé par de nombreuses stars dont Natalie Portman et Meryl Streep, souhaite lutter concrètement contre le harcèlement sexuel, aussi bien à Hollywood que dans d’autres professions partout aux Etats-Unis.

Actrice engagée, cela ne fait pas de doute. Si on se souvient de son discours en forme de coup de gueule féministe à la cérémonie des Oscars en 2014 en recevant la statuette pour son rôle dans le film Blue Jasmine, on ne peut pas oublier que Woody Allen se tenait derrière la caméra, lui-même dans la tourmente. Le cinéaste est accusé d’agression sexuelle par sa fille adoptive Dylan. Et son fils, Ronan Farrow, est l’homme qui a fait éclater le scandale Harvey Weinstein.

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« L’audace de choisir Cate Blanchett ne crève pas le plafond. Choisir Asia Argento -l’une des premières à accuser directement Harvey Weinstein et à appeler à libérer la parole des femmes- aurait, certes, été un geste plus fort, mais le Festival aurait probablement été critiqué pour son opportunisme. L’affaire Harvey Weinstein doit être traitée et évoquée en permanence, mais on ne peut pas résumer l’édition à cette affaire », tempère la spécialiste de cinéma.

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Les actrices en noir et blanc aux Golden Globes

Aux Etats-Unis, le monde du cinéma, régulièrement taclé pour son manque de diversité et ses inégalités, n’a pas attendu pour (essayer de) s’attaquer au problème. En 2016, les Oscars avaient répondu à la polémique #OscarsSowhite en s’ouvrant aux femmes et aux minorités. Les Golden Globes aussi seront politiques cette année. Les actrices seront toutes habillées en noir et blanc à la cérémonie pour protester contre les inégalités entre les hommes et les femmes.

En France, on n’y croit pas trop. « Je ne suis pas sûre que Thierry Frémaux aille chercher des films pour améliorer l’image du Festival sur la question de la diversité. Et il ne faudrait pas non plus se priver de bons films », doute Emmanuelle Spadacenta. Le Festival est souvent critiqué pour la faible présence de cinéastes féminines dans la Compétition. En 2012, aucune femme n’avait été retenue parmi les réalisateurs de la sélection officielle, rappelle Le Monde. Sur les 70 dernières éditions, la palme d’or n'a été décernée qu’une seule fois à une réalisatrice : Jane Campion, en 1993 pour La Leçon de piano. Le comité de sélection du Festival de Cannes va-t-il faire un pas de plus cette année ?

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« On ne peut que souhaiter que le plus grand festival du monde soit le reflet de la société et de ses changements », conclut Emmanuelle Spadacenta. L’homme de la sélection officielle, Thierry Frémaux, n’avait pas vraiment le choix. De là à dire que choisir Cate Blanchett est un geste fort, c’est un pas qu’on ne franchira pas. Mettre une femme à la présidence du jury, c’était le minimum.