VIDEO. Le réalisateur Mamoru Hosoda: «Je ne pouvais pas être éternellement un fan de Miyazaki»

INTERVIEW « 20 Minutes » a rencontré le réalisateur japonais, qui vient de présenter son prochain film d'animation...

Propos recueillis par Mathias Cena

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«Mirai no mirai», le prochain film du réalisateur Mamoru Hosoda.
«Mirai no mirai», le prochain film du réalisateur Mamoru Hosoda. — Toho

De notre correspondant à Tokyo,

On le compare régulièrement à son illustre aîné Hayao Miyazaki, mais pour l’instant, Mamoru Hosoda, 51 ans, trace tranquillement son chemin, un film d’animation à la fois. Le réalisateur de Summer Wars ou Le Garçon et la bête a présenté à Tokyo cette semaine son prochain film, Mirai no mirai, dont la sortie est prévue au Japon en juillet 2018 (une date pourrait être annoncée dans les toutes prochaines semaines concernant les écrans français).

Ce nouveau long-métrage racontera l’histoire d’un petit garçon de quatre ans sur le point de devenir grand frère, qui redoute que cette petite sœur ne lui vole l’amour parental

Après s’être intéressé aux thèmes de la jeunesse dans La Traversée du Temps, de la famille dans Summer Wars, de la maternité dans Les Enfants loups, Ame et Yuki et de la paternité dans Le Garçon et la bête, Hosoda se penche donc cette fois sur la fratrie, une idée inspirée par l’observation de sa propre progéniture.

Et comme toujours chez le réalisateur, un élément fantastique fait irruption dans le quotidien des protagonistes, cette fois sous la forme d’une « petite » sœur bien grande, puisqu’elle arrive directement du futur sous les traits d’une lycéenne. Elle se prénomme Mirai (« futur », en japonais) et le titre Mirai no mirai peut donc se traduire au choix par « Mirai du futur » ou « L’avenir de Mirai ». 20 Minutes a pu rencontrer Mamoru Hosoda à Tokyo pour évoquer son œuvre et cette nouvelle exploration des liens familiaux.

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Dans cette première bande-annonce, le style graphique semble plus en « rondeur » que dans vos films précédents. Est-ce pour refléter le monde vu par un enfant de 4 ans ?

J’avais effectivement en tête de faire des dessins « mignons ». Par exemple, la rondeur des joues d’un enfant l’hiver, douces et froides, est quelque chose de tout à fait charmant. Toute l’équipe a adoré dessiner ce petit garçon de 4 ans, et en même temps c’était un challenge de l’avoir comme personnage principal. Il y a peu de films comme ça. J’ai voulu montrer des choses que seul un petit garçon de cet âge voit, ses aspects sérieux en même temps que ses côtés hédonistes. J’avais choisi l’âge 4 ans pour Kun-chan [le nom du héros] car c’était l’âge que mon fils avait à l’époque. Heureusement car maintenant il a 5 ans et commence à dire zizi, caca… On l’a échappé belle ! Cela donnera un film plus raffiné, pour une audience familiale (rire).

Le réalisateur Mamoru Hosoda présente son prochain film «Mirai no mirai» à Tokyo, le 13 décembre 2017.
Le réalisateur Mamoru Hosoda présente son prochain film «Mirai no mirai» à Tokyo, le 13 décembre 2017. - M.CENA / 20 MINUTES

 

Vos films racontent souvent l’histoire d’un enfant qui se construit à travers diverses épreuves. Ce « développement » est-il un élément indispensable selon vous ?

Plutôt que la progression, ce que j’aime c’est la « transformation ». Par exemple il y a un homme et une femme, il se passe quelque chose et ils tombent amoureux. Ou au contraire, deux amants s’éloignent à la suite d’un événement. Des gens qui se détestaient s’apprécient tout à coup. C’est ce genre de transformations que j’aime voir dans les films. Et il se trouve que l’enfant est celui qui se transforme le plus : son corps grandit, son cœur et son âme se développent… Je trouve qu’il y a beaucoup de charme dans le dynamisme de ces transformations. Ce serait bien si les adultes pouvaient aussi changer à ce rythme. Donc oui, la croissance, le développement et la transformation sont, je pense, des éléments indispensables dans mes films.

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Vos histoires s’inspirent souvent de votre propre expérience ou de celle de vos proches. Réaliser un film sur ces sujets change-t-il votre perception ?

En faisant des films, je cherche à me transformer moi aussi. Les sujets de films sont souvent des choses que les réalisateurs n’ont pas à ce moment-là. Par exemple, quand je faisais Les enfants loups, ma femme et moi n’avions pas d’enfant. Puis, je ne savais pas ce que c’était d’être père alors j’ai fait Le Garçon et la bête. Cette fois avec Mirai, je veux éprouver la sensation d’avoir une fratrie alors que je suis fils unique. Mes enfants sont encore un peu jeunes, ma fille va avoir 2 ans la semaine prochaine, mais j’envie un peu la relation qu’ils vont avoir.

Cherchez-vous à provoquer ce genre de transformation chez le spectateur ?

L’humain, bien souvent, ne sait pas vraiment ce qu’il veut. Il est très important d’avoir des choses dans la vie qui nous font réaliser ce que l’on recherche. Ça peut être la famille, l’être aimé, ou… un film. J’aimerais beaucoup que mes films puissent permettre cette prise de conscience au spectateur.

Vos films évitent l’opposition entre le bien et le mal, et n’ont souvent pas de happy end. Pensez-vous que les histoires des films hollywoodiens sont trop simplistes ?

C’est lié à une façon de voir le monde, je pense. Avec le bien et le mal, si on pense incarner le bien, quelqu’un d’autre est forcément le mal, l’ennemi, celui qui se trompe. Mais en se créant un ennemi, et en l’écrasant, est-ce qu’on résout les choses ? Ce n’est pas comme ça qu’on va résoudre le conflit au Proche-Orient !

Séparer le monde entre bien et mal, éliminer un côté pour résoudre les problèmes du monde… On n’a pas le droit de dire ça dans un film, vraiment. Il faut encourager le dialogue, et considérer l’autre comme un humain. Je me dis que les films hollywoodiens nuisent vraiment à la paix dans le monde ! (rire) Je pense qu’il faudrait arrêter cette façon de voir le monde et plutôt faire des films où les deux parties peuvent se serrer la main, où une réconciliation est possible.

L’anecdote de cette rédaction à l’école, où vous avez écrit à l’âge de 12 ans que vous vouliez devenir réalisateur de films d’animation, est devenue célèbre. C’est vrai ?

Oui, c’était la rédaction que les élèves japonais écrivent à la fin de l’école primaire. Je pense que presque tout le monde vers l’âge de 10 ans a une rencontre ou une révélation qui décide du cours de son existence. A cet âge, je me suis dit que ce serait super de faire des films d’animation. Je regardais alors la série animée de Hayao Miyazaki Conan, le fils du futur et j’avais vu au cinéma Le Château de Cagliostro [le premier long-métrage, sorti en 1979, du même Miyazaki, cofondateur du célèbre Studio Ghibli]. Je voulais devenir un réalisateur comme celui qui avait fait ces animés, mais à l’époque j’étais loin d’imaginer la dimension du personnage !

On vous compare sans cesse à lui, ça vous agace ?

En étant moi-même devenu réalisateur de films d’animation, je ne pouvais pas être éternellement un fan de Miyazaki-san, comme quand j’avais 12 ans. Il a fallu, par mon propre chemin, ma propre expérience, que je trouve mon propre style et que je mesure mes films aux siens. Je pense que c’est une bonne chose qu’il continue à réaliser, bien qu’il ait annoncé sa retraite. Je trouve très intéressant d’avoir des points de vue variés sur le monde d’aujourd’hui et sur notre société : sa vision, celles d’autres réalisateurs, la mienne… En même temps, la population active diminue au Japon, alors il faut que les seniors continuent à travailler. Non, sérieusement (rire). Pour financer la sécurité sociale, et pas seulement toucher leur retraite.