«We Are X»: «Il y a eu un avant et un après X-Japan au Japon», selon son leader Yoshiki

INTERVIEW En salle mercredi, le documentaire « We Are X » raconte le destin du groupe mythique X-Japan et de son leader Yoshiki, et par la même occasion un peu du Japon…

Propos recueillis par Vincent Julé
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Yoshiki, leader, batteur et compositeur de X-Japan, groupe mythique japonais et sujet du documentaire «We Are X»
Yoshiki, leader, batteur et compositeur de X-Japan, groupe mythique japonais et sujet du documentaire «We Are X» — Eurozoom

« S’ils étaient nés aux Etats-Unis, ils seraient le plus grand groupe du monde. » La formule est de Gene Simmons, le chanteur de Kiss, et parle de X-Japan. X quoi ? Formé en 1982 par Yoshiki et Toshi, ce groupe est de loin le plus connu du Japon, avec plus de 30 millions de disques vendus, près de 20 concerts à guichets fermés au Tokyo Dome, une carrière mouvementée avec la mort tragique de hide son guitariste, une séparation puis une reformation dix ans plus tard, et la création d’un genre culturel à lui tout seul, le Visual Kei.

L’histoire de X-Japan, c’est aussi un peu celle du Japon, comme le raconte le documentaire We Are X, par l’équipe de Sugar Man, en salle mercredi, et comme l’a expliqué à 20 Minutes son mystérieux (et mystique ?) leader Yoshiki lors de sa venue cet été à Japan Expo.

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Pourquoi faire un documentaire sur X-Japan, et surtout pourquoi maintenant ?

Nous parlons d’un documentaire sur X-Japan depuis plus de vingt ans, nous avons toujours pensé qu’il y avait là une histoire intéressante à raconter. L’idée revenait régulièrement sur le tapis, mais plus les années passaient, plus il y a de choses à raconter et moins on passait le pas. Jusqu’à la séparation du groupe en 1997, et la mort du chanteur hide l’année suivante.

Ce n’était alors plus possible de faire le documentaire, c’était trop triste de revivre tout ça. Après notre retour en 2007, la demande des fans s’est faite encore plus pressante, mais je résistais, je ne voulais pas revisiter ces souvenirs, ces traumas. Puis mon entourage m’a dit que cette histoire, X-Japan, ma vie, pouvaient donner de l’espoir aux gens, changer la vie de certains. C’était la meilleure raison de le faire.

We Are X est un film sur la vie, la mort, mais aussi le Japon, comme pays, culture, société…

Le documentaire rend bien compte de l’évolution du Japon sur trois décennies, et comment X-Japan a contribué à sa manière, à sa hauteur, à la culture nippone. Certains vont jusqu’à dire qu’il y a un avant et un après X-Japan. (rires) Lorsque j’étais enfant, personne ne se teignait les cheveux en blond, rouge ou bleu. Nous étions les premiers à le faire, les premiers aussi à porter des vêtements différents, flashy, crazy.

Aujourd’hui, vous allez à Tokyo, vous croisez ces coupes de cheveux et accoutrements à chaque coin de rue. A l’époque, nous étions en rébellion contre tout, nous voulions exprimer notre liberté. A travers la musique bien sûr, mais également par notre mode de vie, parfois extrême. D’autres groupes précurseurs ont participé à ce même mouvement.

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X-Japan a créé un genre de musique à part entière, le Visual Kei, bien connu des amateurs de génériques d’animés.

Pour tout vous dire, j’ai commencé le piano à l’âge de 5 ans, je n’écoutais que du classique, jusqu’au suicide de mon père à mes 10 ans. J’ai ensuite bouffé du rock, ainsi que du David Bowie, les Sex Pistols, du punk, de la new wave. Mais en tant que japonais, j’étais aussi porté sur les bandes originales d’animés, les spectacles de Kabuki. Le Visual Kei est né de la rencontre de ces deux univers, de ces deux extrêmes. On n’arrêtait pas de nous dire que le rock devait être comme ci ou comme ça, tout était catégorisé.

Mais je m’en fichais, je voulais composer du rock un jour, du classique ou du heavy metal le suivant. X-Japan prônait une musique libre, et a créé, avec d’autres, le Visual Kei, un genre où tout était permis, un son épique, des tenues bariolées… Bon les tenues, ce n’était pas forcé, même si ça l’est devenu un peu plus aujourd’hui. (rires)

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Il a fallu dix ans à X-Japan pour se reformer, comment voyez-vous les dix années à venir ?

Je ne sais pas si mon corps tiendra encore dix ans, je dois d’ailleurs encore subir une opération de la colonne vertébrale à cause de la batterie, mais j’espère changer les choses dans les années à venir. Je parle de changer le monde. A voyager ainsi à travers le monde et par-dessus les océans, j’ai l’impression d’être en mission, de répandre la bonne parole, les bonnes valeurs. Et finir le prochain album de X-Japan, le premier en plus de vingt ans.

Si ce n’est pas X-Japan, quel est alors le plus grand groupe du monde ?

Sans hésitation, les Beatles.