VIDEO. PIFFF 2017: Les réalisateurs français (re)font du genre... mais en anglais

FESTIVAL Lors de l’édition 2017 du Paris Fantastic Film Festival, vous pourrez découvrir en avant-première « Leatherface », « Revenge » et « Golem », trois films de genre réalisés par des Français mais tournés en anglais…

Vincent Julé

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Matilda Lutz, héroïne de «Revenge», regarde l'horizon du cinéma de genre made in France
Matilda Lutz, héroïne de «Revenge», regarde l'horizon du cinéma de genre made in France — Rezo Films
  • Le PIFFF 2017 se tient du 5 au 10 décembre au cinéma Max Linder Panorama à Paris.
  • Trois réalisateurs y présentent leurs nouveaux films en avant-première, trois films de genre tournés en anglais.
  • La France a une histoire compliquée avec le cinéma de genre, il est aujourd’hui très difficile de produire de tels films, et encore plus de le sortir en salle.

Après L’Etrange Festival et avant Gérardmer, les amateurs de salles obscures, très obscures, ont rendez-vous du 5 au 10 décembre pour la septième édition du Paris Fantastic Film Festival, et la deuxième à se tenir au Max Linder Panorama, peut-être le meilleur écran de la capitale.

L’occasion de se rendre compte une nouvelle fois que le genre se porte bien, avec du culte (Le maître des illusions, Jack Burton, 36 15 Code Père Noël), de l’indépendant (Dave Made A Maze, A Ghost Story, Tragedy Girls), du Japonais (l’exclusivité Shin Godzilla, deux films de Takashi Miike) et - ô surprise - trois films réalisés par des Français : Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury, Revenge de Coralie Fargeat et Golem, le tueur de Londres de Juan Carlos Medina. Trois films de genre donc, mais tournés en anglais.

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« Le genre a construit toute ma cinéphilie »

De George Franju au label French Frayeur en passant par Jean Rollin, la série Belphégor ou Le Pacte des loups, la France a une histoire compliquée avec le cinéma de genre en général, et le fantastique et l’horreur en particulier. En revanche, rien de compliqué pour Coralie Fargeat, qui s’est tournée naturellement vers le genre pour son premier long-métrage : « Le cinéma est pour moi une manière de s’échapper du quotidien, de se plonger dans des univers très spécifiques, et le cinéma de genre est l’un des plus riches, des plus créatifs. Il a construit toute ma cinéphilie ».

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Julien Maury se considère aussi avant tout comme un fan, et lorsqu’il a décidé de devenir cinéaste avec son acolyte Alexandre Bustillo, ils ont donc écrit un film d’horreur : « Nous avons eu de la chance, nous sommes tombés au moment où Canal + a ouvert sa case French Frayeur et cherchait de tels projets. »

French Frayeurs

C’était il y a dix ans, et leur film A l’intérieur devient le fer de lance  d'une nouvelle Nouvelle Vague, avec également Haute tension, Frontière(s), Martyrs, La Meute, La Horde ou encore Humains. Des échecs au box-office, puis plus rien. Julien l’a vécu de l’intérieur : « La perception était différente entre l’étranger, où on était accueillis comme des révolutionnaires, les seuls à pouvoir faire un tel cinéma, extrême, sans tabou, et la France, où les producteurs étaient frileux, ne voulaient prendre aucun risque ».

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Selon lui, « il y a une vraie injustice pour les films de genre français. Les French Frayeurs étaient par exemple des prototypes, ils n’étaient pas tous réussis, loin de là, et je nous compte dedans, mais il y avait une envie, une impulsion. Mais est-ce que toutes les comédies françaises marchent au box-office ? Non, beaucoup se vautrent, et on n’arrête pas pour autant d’en faire. Or, c’est ce que tous les réalisateurs de films horrifiques ou fantastiques s’entendent dire : "ça ne marche pas, donc on n’en fait pas". Et Le Pacte des loups, Ils ou Promenons dans les bois ? C’est dans la quantité que naît la qualité. »

« Un parcours du combattant »

Réalisateur de l’espagnol Insensibles et du britannique Golem, le tueur de Londres, Juan Carlos Medina explique que faire un film de genre en France va à l’encontre de tout le système en place : « Quand ce ne sont pas les producteurs et distributeurs, c’est la commission de classification du CNC qui délivre une interdiction aux moins de 16 ans, mais file un moins de 12 à un film pourtant violent comme Logan, ou les multiplexes qui refusent de programmer le film, etc. »

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Coralie Fargeat parle d’un « parcours du combattant » pour Revenge, l’histoire d’une jeune femme violée et laissée pour mort qui se venge de ses bourreaux : « Cela a été très difficile, il faut beaucoup de détermination, il faut savoir revenir par la fenêtre quand on a fermé la porte au nez ». Son film a beau être une production 100 % française, il s’offre le décor désertique des canyons, des acteurs italo-américain, français et belge, et un mélange des langues, qui ont permis son financement et une valorisation à l’international. Il passe samedi à 14 heures au PIFF, et sort le 7 février en salle.

Juan Carlos Medina était en développement de plusieurs projets, dont un polar français, lorsqu’il a reçu le script de Golem, le tueur de Londres. « Tout va plus vite avec les Anglo-Saxons, donc j’ai foncé les yeux fermés, même si, là encore, le financement a pris trois ans et le budget aurait pu être plus confortable. » Disponible en VOD le 23 janvier prochain, son thriller victorien passe jeudi à 19h30 au PIFFF.

« C’est cool d’être appelés sur une franchise comme Massacre »

Julien Maury et Alexandre Bustillo défendent une position militante, comme le prouvent leurs autres longs Livide et Aux yeux des vivants, et ont envie de voir émerger un cinéma de genre français. « Mais c’est quand même cool d’être appelés sur une franchise comme Massacre à la tronçonneuse, avoue Julien Maury, à propos de leur préquelle Leatherface. Comme on n’arrivait pas à monter nos projets français, on s’est dit que c’était le moment de tenter l’expérience américaine, tout en connaissant les risques, les règles du jeu. » Ils avaient été déjà été en pourparlers pour un reboot de Hellraiser et une suite d’Halloween, et ce n’est pas leur « Director’s Cut » de Leatherface qui sort en Direct-to-DVD le 2 janvier. Mais les spectateurs du PIFFF pourront découvrir leurs scènes d’intro et de fins alternatives en bonus samedi à 21h45.

Des films chevaux de Troie

L’avenir, le duo de réalisateurs le voit en France, ils y développent les 3/4 de leurs projets, des films que Julien Maury définit comme des chevaux de Troie, à l’instar du récent Grave, succès critique et Grand prix du PIFFF 2016 : « Tiens un film social, tiens Julie Gayet productrice, sauf que tu viens de voir un film de cannibales, mon gars ! » Selon Coralie Fargeat, Grave a permis de sensibiliser les institutions, avec par exemple la création d’ une aide du CNC destinée spécialement aux films de genre.

Avec les nouvelles plates-formes comme Netflix ou les coproductions européennes et internationales, elle ne voit aussi plus une seule et unique manière de faire du genre : « Tout ce qui compte est de garder le contrôle artistique, d’avoir une vraie proposition d’univers cinématographique ». Et Juan Carlos Medina de conclure : « Un bon film de genre est avant tout un bon film ».