VIDEO. «L’œil du cyclone»: Quel avenir pour les enfants soldats en Afrique?

DRAME Que deviennent les enfants soldats une fois devenus adultes? Réponse dans «L'oeil du cyclone»...

Caroline Vié

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Fargass Assandé et Maïmouna N'Diaye dans L'œil du cyclone de Sékou Traoré
Fargass Assandé et Maïmouna N'Diaye dans L'œil du cyclone de Sékou Traoré — Destiny Films
  • Ce film fort oppose un ancien enfant soldat à l’avocate qui tente de le défendre.
  • Leurs rencontres évoquent une Afrique déchirée par la guerre et la corruption.
  • Luis Marquès s’est inspiré de la réalité pour écrire une pièce de théâtre, puis le scénario du film.

Que peut-on faire d’un enfant soldat devenu adulte après la fin du conflit ? Telle est la question que pose L’œil du cyclone de Sékou Traoré, fiction dramatique où une avocate ( Maïmouna N’Diaye) tente de défendre un guerrier ( Fargass Assandé) coupable de crimes atroces.

Incapables de se réinsérer

Adaptant sa propre pièce pour ce film, Luis Marquèssoulève un problème méconnu : celui des 150.000 soldats ayant quitté l’armée après y avoir grandi sans qu’aucun programme de déconditionnement n’ait été prévu pour eux. « On tente de sauver les gamins, explique le scénariste à 20 Minutes, mais on laisse des adultes dangereux dans la nature alors que la plupart sont incapables de se réinsérer. »

Deux visages de l’Afrique

La confrontation entre l’avocate catholique et l’homme brutal qu’elle va tenter de sauver de la peine de mort est rude. « Est-il seul responsable de la violence qui l’a englouti ? demande le dramaturge. Je laisse le spectateur se faire son opinion en même temps que l’héroïne. » Petit à petit, cette dernière découvre les horreurs subies par son client, de quoi rendre fou n’importe qui. « Chacun d’eux représente un visage différent de l’Afrique, insiste Luis Marquès. Elle fait partie d’un milieu aisé et protégé et lui d’un peuple martyrisé. Ils vont découvrir leur humanité réciproque. »

Un monde isolé

L’œil du cyclone, qui donne son titre au film, est la prison où se retrouvent les deux protagonistes et où ils apprennent à se connaître. « Dans cette cellule, ils sont isolés des cercles du cyclone qui détruit la société africaine », insiste Marquès. Ce qui aurait pu n’être qu’un énième film de procès débouche sur une dénonciation de la corruption. « Plus que la pièce, le film permet de montrer ces fameux cercles du cyclone : l’univers carcéral, le tribunal, la ville et la guerre civile, mais aussi le macrocercle des intérêts économiques internationaux », précise l’auteur.

Eveiller les consciences

C’est en Côte d’Ivoire, au début des années 2000, qu’il a découvert l’horreur d’un conflit fratricide. Depuis, Luis Marquès essaye d’éveiller les consciences avec sa pièce et maintenant avec le film. « Au Burkina Fasso, le film a fait 14.000 entrées, souligne-t-il. Un beau résultat considérant que les salles de cinéma sont rares en Afrique où elles ont souvent été transformées en églises. » Souhaitons que L’œil du cyclone reçoive un accueil aussi chaleureux en France ; cette œuvre forte le mérite.