L'amour de l'art pour seule trace du passé

Stéphane Leblanc

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La fin d'une vie, c'est parfois aussi la fin d'une époque. Et c'est ce qui touche dans L'Heure d'été. Une famille réunie une dernière fois un soir d'été laisse place au deuil l'hiver venu. La vieille dame (Edith Scob) qui accueillait si chaleureusement ses enfants et ses petits-enfants est morte, laissant le soin à ses héritiers (Charles Berling, Juliette Binoche et Jérémy Régnier) de se partager ses biens : sa grande maison et surtout les oeuvres d'un peintre qui fut l'amour de sa vie. Là où Olivier Assayas touche juste, dans l'époque d'aujourd'hui où l'on s'embarrasse de moins en moins de vieilleries, c'est que ses personnages vont opter, non sans dilemmes, pour la vente de la maison. Quant aux oeuvres d'art, elles se retrouveront naturellement au musée. « Je voulais montrer comment l'art est prélevé de la vie pour finir momifié», explique le cinéaste.

A l'origine, ce projet était une commande du musée d'Orsay pour fêter ses 20 ans : quatre courts métrages qui, au final, se sont transformés en un long. « A Orsay, ils n'ont pas encore vu le film, et je ne suis pas trop sûr que ça leur plaise : je dis quand même des choses assez éloignées de l'idée qu'un musée peut se faire de lui-même. » L'oeuvre d'Assayas en dit notamment long sur le choix de s'attacher avec nostalgie ou de faire table rase du passé. « Je fais partie d'une génération qui a beaucoup refusé l'idée même d'héritage. Mais je vieillis et j'ai l'impression que mes personnages sont comme moi : en train de devenir adultes. »



J. Binoche pour Trois Couleurs
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