Nekfeu, Gringe, JoeyStarr... Pourquoi le cinéma fait-il les yeux doux au rap français?

RAP On a demandé à des réalisateurs et ce n'est pas pour faire chanter les rappeurs...

Dolores Bakela

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Gringe rappe et continue son ascension au cinéma avec le film d'Olivier Marchal
Gringe rappe et continue son ascension au cinéma avec le film d'Olivier Marchal — SADAKA EDMOND/SIPA

JoeyStarr y trace sa trajectoire depuis bientôt 18 ans. Et aujourd’hui, Kery James est au théâtre avec la pièce À Vif et sera scénariste du premier film de Leïla Sy, Ne manquez pas le train. Depuis plus de 15 ans, le cinéma ouvre doucement ses bras aux rappeurs. C’est particulièrement marquant cet automne.

Nekfeu sera au cinéma dès le 8 novembre dans Tout Nous sépare où il joue aux côtés de Catherine Deneuve. Il a déjà obtenu son prochain rôle dans L’Echappée de Mathias Pardo, co-produit par Hugo Sélignac. Ce dernier est derrière M, le 3e long réalisé par Sara Forestier – L’Esquive…-, au casting duquel on trouve les rappeurs Rocca et Nessbeal. Dès mercredi 1er novembre, les spectateurs pourront découvrir Carbone dans lequel joue Gringe, le binôme d’ Orelsan, rappeur, comédien et réalisateur à ses heures avec Bloqués et Comment c’est loin.

Les rappeurs jouent ainsi de plus en plus souvent des rôles de composition, parfois aux côtés de dits « monstres sacrés ».

Des acteurs en devenir 

Olivier Marchal, peu familier du milieu hip-hop - « j’ai 58 ans et je suis resté sur Led Zeppelin, les Stones… » a découvert Gringe dans le film d’Orelsan, où il joue son propre rôle. « Il est très beau, bosseur, a un jeu généreux ; on manque d’acteurs de cette trempe dans le cinéma français », confie le réalisateur, qui a puisé l’intrigue de son film dans l’affaire de la Carbone connexion. Gringe y est Simon Wizman, Idir Chender joue Eric Wizman, son petit frère, mais le rôle a failli être donné à… Nekfeu ! « Il avait passé des essais, il était très bien, mais ça n’a pas pu se faire à cause de son emploi du temps chargé. »

Au-delà de ce premier rôle « hors de sa zone de confort, entre Benoît Magimel et Gérard Depardieu », Olivier Marchal prédit à Gringe un avenir prometteur. Et sent qu’il se passe quelque chose dans l’industrie cinématographique, « qui choisit des mecs qui ont du grain, qui sentent la rue, comme Kaaris, à mille lieues des acteurs très propres sur eux, très bourgeois qui manquent de vécu ».

Cliché, vous avez dit cliché ?

était ainsi à l’affiche d’Overdrive, son 3e film. « Je prends beaucoup de plaisir à jouer ; ce n’est pas si facile, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre », nous dit le rappeur, en pleine promotion de Dozo, son nouvel album, qui sort le 3 novembre. Il ne serait pas contre d’autre type de rôles, qui n’exploitent pas seulement son côté gars de quartier « noir et baraqué ». Ça tombe bien : il se pourrait que ce soit ce qu’on lui propose pour son 4e projet, encore secret. Kaaris avait débuté dans Fast Life, où il jouait son propre rôle. Dans Carbone, Gringe ressemble aussi à sa personnalité de rappeur, un bon gars, gentiment bad boy. On est loin de la diversité des rôles dont est émaillée la carrière de JoeyStarr. Cependant, Olivier Marchal avoue être prêt à retourner avec Gringe, pour lui faire jouer « un dur, un gangster. »

Xavier Durringer l’assure : il a choisi six rappeurs pour le casting de son film Paradise Beach tourné en Thaïlande (en salle en mai 2018) pour leur potentialité d’acteurs : « Ils ont des physiques incroyables, Hache P, membre de l’ancien groupe la MZ, tatoués, comme Seth Gueko, qui vit sur place. Les générations se côtoient, les rappeurs plus âgés comme Nessbeal, avec les plus jeunes comme Dosseh. On a beaucoup travaillé la direction d’acteurs, ils auront tous un rôle important. » Le réalisateur avance un autre argument : « Je ne vois pas Jean Dujardin ou un autre incarner des mecs de quartiers installés en Thaïlande, mariés, qui y gèrent des business. »

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Le réalisateur dit avoir baigné dans la culture hip-hop via « NTM, IAM, Tupac » et travailler sur le projet depuis 10 ans. Mais Paradise Beach ne parle pas de la rue. « C’est l’histoire de la dissolution d’une amitié, c’est un regard posé sur un fait de société, ce qui m’intéresse, c’est de raconter quelque chose qui soit vraisemblable. »

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Peu de rappeuses à l’écran

Dans le multi-primé Brooklyn de Pascal Tessaud, on retrouvait la MC suisse KT-Gorique. Les rappeuses sont plus rares à l’écran. L’une d’elles, Camélia Pand’Or a été l’un des personnages principaux de Max et Lenny, qui parle d’une jeune artiste qui commence à faire ses armes dans le rap game. « Ça a été un alignement des planètes », confie Frédéric Nicolas, le réalisateur du film sorti en 2015, quand il parle de sa rencontre avec l’artiste, qui a mis du temps pour se laisser convaincre de jouer. « Je pense toujours que personne d’autre qu’elle n’aurait pu approcher la vérité du personnage que j’ai écrit ».

L’énergie du rap nourrit les projets de film. On espère que le monde du cinéma aura de bonnes idées pour réussir à faire tourner Booba qui dit ne pas se sentir prêt. Un autre a confié l’être totalement :  Vald, le rappeur du titre absurde « Bonjour » et qui vient de sortir un court-métrage.