VIDEO. Le festival de Sitges a 50 ans: Le cinéma de genre espagnol à la conquête du monde

PHENOMENE L’Espagne a une longue tradition de films fantastiques, et aujourd’hui, des cinéastes portés sur le genre à l’assaut du box-office mondial et des festivals internationaux…

V. J.

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«REC» de Jaume Balaguero, un des dignes représentants du cinéma de genre espagnol
«REC» de Jaume Balaguero, un des dignes représentants du cinéma de genre espagnol — Wild Side

Du 5 au 15 octobre, la ville espagnole de Sitges accueillait le Festival international du film de Catalogne, un festival entièrement consacré au cinéma fantastique, aux films d’horreur, de science-fiction et de genre. Cinquante ans que ça dure, soit deux fois plus que ses équivalents français L’Etrange Festival ou Gérardmer. Sitges connaît une longévité et un rayonnement digne d’une Mostra de Venise ou d’une Berlinale.

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Un festival à dimension mondiale mais à taille humaine

De passage au dernier Etrange Festival pour une carte blanche, Jaume Balagueró, le réalisateur de [REC], confirme : « Sitges est très important pour le pays, mais aussi pour le reste du monde. Il lance la carrière de nombreux films et cinéastes. J’y ai présenté mon premier court-métrage, puis presque tous mes films. Le festival est immense, mais il a su garder une taille humaine, un esprit de camaraderie. Spectateurs, acteurs, réalisateurs se mélangent et partagent leur amour pour un même cinéma. Impensable dans d’autres festivals d’envergure internationale. » Grâce à Sitges, Álex de la Iglesia a pu faire voyager ses films de Bruxelles ( BIFFF) à Montréal ( Fantasia) en passant par la Corée et bien sûr la France. Il présentait ainsi son dernier film Pris au piège (disponible en VOD, DVD et sur Netflix) à l’Etrange Festival, qui en a profité pour fêter le cinquantième anniversaire de Sitges avec une programmation spéciale.

Des recettes et des récompenses

Mais Sitges n’est que la partie émergée de l’iceberg, qu’une manifestation de l’importance, et de la considération, du cinéma de genre en Espagne. En effet, à l’inverse de la France, un film fantastique espagnol peut à la fois engranger recettes et récompenses. En 2007, L’Orphelinat est resté plusieurs semaines en tête du box-office, avant de décrocher sept Goyas, l’équivalent des Césars en France et des Oscars aux Etats-Unis. Dix ans plus tôt, Álex de la Iglesia recevait celui du meilleur réalisateur pour Le Jour de la Bête. Il présidera même l’Académie des Goyas pendant deux ans.

Une longue tradition de films

L’Espagne a en fait une longue tradition de films fantastiques, qui remonte aux années 60 et à des réalisateurs comme Paul Naschy, León Klimovsky et bien sûr Jesús Franco, responsable de L’Horrible Docteur Orloff, La Comtesse perverse ou Exorcismes et messes noires. « Des films bis, explique Jaume Balagueró, pas toujours très bons mais qui versaient joyeusement dans l’horreur. » Álex de la Iglesia précise que déjà avant, « vous aviez des comédies noires, pas forcément fantastiques, mais bizarres, déviantes et terrifiantes à leur manière. » Il cite les cinéastes José María Forqué, Luis García Berlanga ou encore l’italien Marco Ferreri qui a commencé sa carrière en Espagne.

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Pourquoi eux, et pas nous ?

Le succès du cinéma de genre espagnol est vu avec envie de ce côté des Pyrénées. Pourquoi eux, et pas nous ? Pourquoi [REC] fait plus de 500.000 entrées dans les salles françaises, alors que les productions French Frayeur peinent à dépasser les 50.000. Plusieurs explications ont été avancées : la langue (les acteurs parlent en français, on n’y croit plus), la Nouvelle Vague et la tradiction des films intellectuels, « importants », mais aussi une question de catharsis. En effet, l’Espagne serait encore marqué par la violence de son histoire récente, la guerre civile, le franquisme. « Dans mon cas, c’est vrai, commente Álex de la Iglesia. Mon film Balada triste évoque la guerre civile espagnole, le terrorisme au quotidien, la violence dont j’ai été témoin à 8 ans à Bilbao. »

Si l’Espagne préfère aujourd’hui les thrillers, le reste du monde, lui, ne jure que par ses cinéastes de genre, gars du pays, qu’ils y soient nés ou y aient vécu. Alors que l’Argentin Andrés Muschietti explose le box-office mondial avec Ça, Juan Antonio Bayona termine le tournage de Jurassic World 2 et le Mexicain Guillermo del Toro décroche le Lion d’or à Venise pour La Forme de l’eau, le 21 février dans les salles… françaises.