VIDEO. «Stupid things» broie du noir dans l'Amérique d'aujourd'hui

DRAME Cette chronique plonge dans la vie quotidienne d’un jeune membre de gangs en Arkansas…

Caroline Vié
Stupid Things d'Ammam Abbasi
Stupid Things d'Ammam Abbasi — The Jokers
  • «Stupid things» fait découvrir comment un jeune devient membre d'un gang.
  • Ce premier film est réalisé par un fan des frères Dardenne.
  • Le réalisateur laisse pointer une lueur d'espoir à la fin de son histoire.

Quand on commet la bêtise d’entrer dans un gang, on n’en sort plus jamais. Dans Stupid things, son premier film présenté en compétition au Festival de Deauville, Amman Abbasi plonge dans cet enfer qu’il a étudié de très près en faisant d’abord des recherches pour un documentaire sur ce sujet.


Le réalisateur, étudiant en cinéma d’origine pakistanaise, n’a pas voulu considérer cet univers brutal du point de vue de la délinquance mais de celui de l’acceptation sociale. « Je suis un fan des frères Dardenne, explique-t-il à 20 Minutes. Et j’ai souhaité retrouver l’atmosphère de leurs films, si justes qu’on ne se sait pas toujours ce qui est de l’ordre du documentaire ou de la fiction. »

Se sentir étranger

Son héros noir âgé de 13 ans se remet péniblement de la mort de son frère assassiné. Il entre dans un gang de paumés en se cachant à sa sœur et à son beau-frère qui l’élèvent. « Je n’ai jamais participé à la vie d’un gang, mais j’ai grandi en Arkansas, donc je sais ce que veut dire de se sentir exclu, d’être un étranger dans une communauté en raison de la couleur de sa peau », précise le réalisateur. Le gamin n’est pourtant pas laissé à l’abandon par sa famille, mais il a besoin d’appartenir à un groupe.


Une note d’espoir

« C’est son profil qui m’intéressait, insiste Amman Abassi. Je ne souhaitais pas montrer de guerre entre bandes rivales mais le désœuvrement de jeunes sans emploi, de bras cassés de la délinquance. » Les « stupid things » (« bêtises ») dans lesquelles s’engage le môme vont changer sa vie à jamais. « J’ai tenu à laisser une fin ouverte comme une porte sur l’espoir : tout n’est pas totalement perdu, ceux que j’ai rencontrés pour écrire le film parviennent parfois à s’en sortir. »


Une question de légitimité

En décrivant la vie d’une famille afro-américaine, le réalisateur savait qu’il prêterait le flanc à des attaques quant à son droit de traiter ce sujet. « Je ne cherche pas à parler à la place d’une communauté dont je ne fais pas partie. Je veux juste montrer le point de vue de gens à qui on donne peu la parole. Je suis moi-même un outsider dans un pays où le racisme s’exprime de plus en plus librement. Mon film tire une sonnette d’alarme, » martèle-t-il. Il aide aussi à comprendre des personnages d’abandonnés de l’Amérique, ce qui le rend pleinement légitime.