Abd Al Malick: «L'Amérique vit dans l'hypocrisie alors que le racisme y règne»

DEAUVILLE Pour «20 Minutes», le rappeur, juré du festival de Deauville, s'est exprimé sur plusieurs points de l'actualité américaine...

De notre envoyée spéciale à Deauville, Caroline Vié

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Ab Al Malik au Festival de Deauville
Ab Al Malik au Festival de Deauville — Olivier Vigerie

Abd Al Malick n’a pas sa langue dans sa poche et on se doute que le rappeur et cinéaste sera un débatteur redoutable dans le jury révélation du Festival de  Deauville.

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20 Minutes a profité de sa présence sur les Planches pour évoquer avec lui quelques sujets brûlants de l’actualité américaine.

« Le cinéma américain est une voix avec laquelle il faut dialoguer », estime le réalisateur de Qu’Allah bénisse la France (2014), qui prépare un nouveau film tout en continuant à défendre les couleurs de son livre Camus, l’art de la révolte(Fayard). Le dernier film américain qui l’a bouleversé est Birth of a nation de Nate Parker dont il a doublé le héros en janvier 2017.

« L’Amérique vit dans l’hypocrisie de prétendre être tolérante alors beaucoup de gens sont racistes ; le cinéma témoigne aussi de cela », estime Abd Al Malick.

Les premiers films de Martin Scorsese comme Mean Streets lui semblent proches des succès afro-américains de ces dernières années. « Il parlait de sa communauté tout en atteignant une dimension universelle et en la faisant exister pour d’autres Américains. »

A ce titre, Get Out, thriller horrifique de Jordan Peele, lui semble s’inscrire dans cette tradition. « Les grands studios commencent à comprendre que des œuvres réalisées par des Blacks peuvent plaire à tous les publics. Et rapporter de l’argent. »

Abd Al Malick contre la censure…

L’artiste n’en revient pas de voir que certaines salles de cinéma ont interdit Autant en emporte le vent (1939), désormais jugé raciste. « Interdire la chose artistique est contre-productif, martèle-t-il. Ce qu’il faut, c’est expliquer dans quel contexte cette œuvre a été réalisée. On sait que censurer l’art peut être le début de terribles dérives. »

Il est plus nuancé devant la polémique dont est victime la réalisatrice Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty, 2013) pour son nouveau film Detroit sur les émeutes de 1967. Ses détracteurs prétendent qu’elle est  illégitime pour aborder ce sujet parce qu’elle est blanche. « Je comprends la frustration de ceux qui ont vécu ces événements dans leur chair et qui auraient aimé pouvoir s’exprimer. »

… et la discrimination positive

Pour autant, Abd Al Malick ne souhaite pas que soit pratiquée de discrimination positive. « Cela me semble contre-productif : les Etats-Unis qui en sont partisans voient l’émergence d’extrémistes racistes comme à Charlottesville. Il faut cependant trouver un moyen pour que toutes les voix puissent se faire entendre. On ne peut pas faire l’économie de cette réflexion. »

La sienne, calme et posée, prône la tolérance et le respect, deux ingrédients qui lui seront utiles au moment des délibérations.