«Wind River» donne la parole aux Indiens d'Amérique du Nord, grands oubliés de l'Amérique

THRILLER Jeremy Renner mène l'enquête sur le meurtre d'une jeune Indienne  dans ce suspense passionnant découvert à Cannes...  

Caroline Vié

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Jeremy Renner et Jon Bernthal dans Wind River de Taylor Sheridan
Jeremy Renner et Jon Bernthal dans Wind River de Taylor Sheridan — Metropolitan Film Export
  • « Wind River » fait découvrir la vie dans une réserve amérindienne.
  • Le réalisateur y conclut sa trilogie sur la« frontière américaine moderne ».
  • Ce thriller mêle les ingrédients d’une intrigue policière à ceux d’un film d’aventures.

Bienvenue dans la réserve amérindienne de Wind River qui donne son titre à un suspense haletant présenté à Un Certain regard et signé Taylor Sheridan. Le scénariste de Comancheria (David Mackenzie, 2016) et Sicario (Denis Villeneuve, 2015) y poursuit sa description d’une Amérique méconnue dans ce film qu’il a choisi de réaliser.

Jeremy Renner, pisteur qui connaît la région comme sa poche, aide une flic dépassée par les événements ( Elizabeth Olsen) à percer le mystère de la mort d’une jeune indienne retrouvée massacrée en pleine nature. Une bonne façon d’en apprendre davantage sur la « frontière américaine moderne » que Sheridan décrit dans cette trilogie aussi passionnante que brutale qui lui a valu un prix de la mise en scène à Cannes.

Le grand échec de l’Amérique

« Wind River explore ce qui constitue sans doute à la fois les vestiges les plus tangibles de la Frontière américaine et le plus grand échec de l’Amérique : la réserve amérindienne », insiste Taylor Sheridan. Son héros hanté par une tragédie personnelle en fait les frais sans pour autant renoncer à trouver les coupables même s’il doit y laisser sa vie. « Nulle part ailleurs en Amérique du Nord les choses n’ont moins évolué au cours du siècle dernier, et nul autre lieu en Amérique n’a davantage souffert de ces maigres changements », explique le cinéaste.

Addiction et meurtre

Entre enquête policière et cinéma d’aventures, Sheridan a trouvé le ton de ce film engagé. Son œuvre intense ne fait pas de cadeau au spectateur au fil d’une intrigue diaboliquement orchestrée où les paysages sauvages jouent un rôle capital. « Ils sont un ennemi dans ces terres où l’addiction et le meurtre tuent plus que le cancer », précise Sheridan. Racisme ordinaire, brutalité et loi du plus fort mettent des bâtons dans les roues de la justice tout au long d’investigations qui déboucheront sur une vérité terrible, révélatrice d’un monde impitoyable.

Donner une voix aux ignorés

« Je montre à quel point les autorités peinent à contrôler ces zones de non-droit où la justice n’est pas la même pour tout le monde », martèle Sheridan qui a rencontré de nombreux habitants de la réserve pour nourrir son récit. « J’ai souhaité donner une voix à ces personnes que le monde ignore », avoue-t-il. Une voix qui résonne longtemps après la projection de cet excellent polar prouvant que le scénariste surdoué possède aussi un authentique talent de réalisateur pour donner la parole à des oubliés de l’Amérique.