VIDEO. «120 battements par minutes», un grand film qui ne concerne pas que les gays

DRAME Didier Roth-Bettoni, auteur d'un livre sur les «années sida au cinéma» explique pourquoi le film peut passionner le grand public...

Caroline Vié

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Arnaud Valois dans 120 battements par minute de Robin Campillo
Arnaud Valois dans 120 battements par minute de Robin Campillo — Memento Films
  • Didier Roth-Bettoni est un spécialiste de la représentation du sida à l'écran.
  • Il a beaucoup apprécié «120 battements par minute».
  • Il explique pourquoi ce film lui semble important.

Jamais il n’avait entendu un tel silence à la fin d’une projection parisienne. Le journaliste Didier Roth-Bettoni, auteur des Années sida à l’écran ( éditions ErosOnyx, 25 €) a été surpris par l’émotion palpable qui émanait des spectateurs d’une avant-première de 120 battements par minute de Robin Campillo, Grand prix et Queer Palm à Cannes cette année.

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Visible par tous

« Les spectateurs n’ont pas prononcé une parole pendant tout le générique comme si l’émotion les avait terrassés », raconte-t-il à 20 Minutes. Ce spécialiste de la représentation des LGBT au cinéma a été bluffé par le film. « Il s’agit d’une œuvre importante comme ont pu l’être, aux Etats-Unis,Harvey Milk de Gus Van Sant pour la cause gay ou les films de Spike Lee pour les Noirs. Les fims placent ses communautés dans le continuum de l’Histoire, leur permettant d’être visibles par tous. »

Un film grand public

Point n’est besoin d’être militant d’Act Up-Paris, d’avoir lutté contre le sida ou d’être gay pour être bouleversé par cette chronique des actions de militants résolus à alerter les pouvoirs publics sur l’urgence de trouver des solutions contre le virus. « C’était la première fois que des malades prenaient leur destin en main. Plus de 20 ans après les faits, ceux qui les ont vécus peuvent évoquer leur lutte tout en effectuant un nécessaire travail de deuil qui peut toucher le plus large public », insiste Didier Roth-Bettoni.

Montrer le sexe était indispensable

Robin Campillo n’hésite pas à montrer des scènes de sexe. Sensuelles ou touchantes, elles revêtent une importance considérable dans le combat de militants dont beaucoup se savaient condamnés. « Il était capital de les représenter avec autant de naturel possible », précise Didier Roth-Bettoni. Il estime important que ce soit un gay ayant participé au combat qui ait réalisé le film. « La communauté LGBT avait besoin de s’approprier son histoire pour ce premier récit cinématographique sur les années sida. »

De l’individuel au collectif

Ces jeunes s’unissant dans la lutte galvanisent par leur détermination. « Leur façon d’allier le collectif à l’individuel comme leur solidarité pourrait servir d’exemple aujourd’hui pour d’autres causes que celle de la lutte contre le sida », insiste Didier Roth-Bettoni. C’est en cela que ce film fort peut émouvoir profondément le spectateur quelle que soit son orientation sexuelle. 120 battements par minute nous concerne tous.