VIDEO. «"120 battements par minute" est un film très juste» explique l'ex-président d'Act Up-Paris

TEMOIGNAGE Le film de Robin Campillo  a réveillé des souvenirs de lutte pour Christophe Martet qui fut président d'Act Up-Paris...

Caroline Vié

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120 battements par minutes de Robin Campillo
120 battements par minutes de Robin Campillo — Memento Films
  • « 120 battements par minute » revient sur les luttes d’Act Up-Paris.
  • Le film a touché Christophe Martet, ancien président de l’association.
  • Il a reconnu ses actions et ses amis dans cette œuvre forte.

Dans 120 battements par minute, grand prix et Queer Palm au Festival de Cannes, Robin Campillo revient sur la lutte d' Act Up-Paris au début des années 1990 alors que le sida causait de nombreuses morts dans une indifférence quasi générale. Christophe Martet, président de l’association d’octobre 1994 à octobre 1996, était aux premières loges pendant la période décrite dans le film.

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S’il n’apparaît pas personnellement dans l’intrigue, ce journaliste de 58 printemps, aujourd’hui responsable du réseau social LGBT Hornet, a reconnu de nombreux militants ainsi que leurs actions. « Robin a réinterprété certaines choses pour les besoins de la fiction, confie-t-il à 20 Minutes, mais tout ce qu’il montre est exact. »

Des actions fortes

Sean, le héros au destin tragique incarné par Nahuel Perez Biscayart a vraiment existé. Il s’appelait Cleews Vellay. Il est mort du sida à 30 ans en 1994 et est l’auteur d’un texte bouleversant. « La scène où nous jetons ses cendres au banquet des assureurs est exacte. Nous les avons vraiment lancées sur les petits-fours. A l’époque, Internet n’existait pas et il fallait secouer les gens par des actions fortes afin qu’on parle de nous dans les médias traditionnels », se souvient Christophe Martet. On garde aussi en mémoire la façon dont ils ont coiffé l’obélisque de la Concorde d’un préservatif géant !

Claquements de doigts

Christophe Martet a aussi retrouvé les « R.H. », réunions hebdomadaires dans lesquelles se décidaient les actions. « Nous avions adopté la simplification, méthode américaine, pour éviter que les assemblées tournent à la foire d’empoigne. Deux médiateurs se chargeaient de donner les tours de paroles car nous ne voulions être efficaces et ne pas perdre de temps à nous invectiver. » Les claquements de doigts remplaçant les applaudissements contribuaient aussi au respect des intervenants. « Ce n’était pas un clan, tout le monde était bienvenu, ce que montre bien Robin Campillo », insiste Christophe Martet.

L’humour contre le désespoir

Le combat, parfois violent, n’empêchait pas les militants de s’amuser. « Nous étions jeunes et nous avions peur de mourir, ce qui nous rendait pleins de vie », se souvient Christophe Martet. L’une des actions qui l’a le plus marqué a été de colorier en rouge sang l’eau des fontaines du Palais Royal. « On se croyait dans un péplum, plaisante-il mais comme dans le film, on a eu du mal à sauver les baignoires dans lesquelles était fabriqué le colorant. » Un détail trivial ? Peut-être mais symbolique d’une cause noble qui a notamment permis l’élaboration de la charte des personnes hospitalisées, répertoriant les droits de tous les malades.