La palme d'or n'était pas le premier choix de Pedro Almodovar

FESTIVAL DE CANNES Pedro Almodóvar soutenait « 120 Battements par minute », mais l’humour et l’imagination du film suédois « The Square » ont davantage séduit le jury pour l’attribution de la Palme d’or...

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

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Le jury sur les marches à Cannes le 28 mai 2017
Le jury sur les marches à Cannes le 28 mai 2017 — James Gourley/Shutterst/SIPA

« Il n’y a pas eu entre nous de bain de sang.» Le président du jury Pedro Almodóvar se veut rassurant. « Nous nous sommes respectés, même si nous n’avions pas forcément les mêmes vues sur les différents films. » C’est à peine si les délibérations du jury ont été entrecoupées, selon Will Smith « des blagues de Pedro ». La défense de 120 Battements par minute par le cinéaste espagnol n’était pourtant pas une blague.

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« J’ai adoré le film de Robin Campillo, confirme Pedro Almodóvar. Toutes les scènes de son film, du début à la fin et même après, j’y repensais sans cesse… Je crois qu’il est difficile d’aimer un film plus que cela. Et même si je ne suis pas le seul, je n’étais qu’une des neuf voix du jury et la démocratie a voulu qu’un autre film l’emporte. »

Intelligent et drôle

Il s’agit de The Square de Ruben Östlund, sur le patron d’un centre d’art contemporain passablement dépassé par ses responsabilités. » C’est un film qui parle avec humour et intelligence de questions importantes pour nous tous, lance Agnès Jaoui : comment venir en aide aux défavorisés, pourquoi être choquant pour attirer l’attention des médias… et puis l’acteur principal, j’en suis tombé amoureuse… » argumente la réalisatrice du Goût des autres, un film avec lequel The Square a quelques liens de parentés. « C’est un film extrêmement drôle contre la dictature du politiquement correct », confirme Pedro Almodovar.

Des histoires plus féminines

Les autres filles du jury ont apparemment jeté leur dévolu sur les réalisatrices de la compétition. Lynne Ramsay notamment, mais surtout Sofia Coppola. « Je pense qu’avec des réalisatrices, on a des histoires plus féminines et de plus beaux personnages féminins », estime l’actrice américaine Jessica Chastain. « Nous n’avons pas primé des femmes parce que ce sont des femmes, nuance la réalisatrice allemande Maren Ade. Mais il est vrai que c’est la première fois que le prix de la mise en scène est remis à une femme. L’actrice chinoise Fan Bing Bing était elle aussi « très heureuse d’avoir remis le prix à Sofia Coppola qui a fait un travail remarquable».

De son côté, Will Smith a affirmé avoir adoré La Lune de Jupiter de Kornel Mundruczo : « Ce film hongrois de n’est pas au palmarès et ce sont les limites de la démocratie, dit-il en sous-entendant qu’il était à peu près le seul à l’avoir défendu. Mais c’est un film que je reverrai avec plaisir ».