François Ozon: «Je suis complètement double et j'assume»

INTERVIEW «L'amant double» est-il plutôt un thriller ou un drame psychanalytique? Flirte-t-il plutôt vers Hitchcock ou Cronenberg? L'insaisissable François Ozon répond...

Stéphane Leblanc

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François Ozon face à lui-même, le 25 mai à Cannes
François Ozon face à lui-même, le 25 mai à Cannes — S.LEBLANC / 20MINUTES

Aucun film de François Ozon ne se ressemble et celui-ci, sorti vendredi en salle au moment de sa présentation au Festival de Cannes, ne fait pas exception. « J’essaie de ne pas me répéter, justifie le cinéaste à 20 Minutes. François Truffaut disait qu' il faut faire un film contre le précédent. C’est pourquoi L’Amant double est très éloigné de Frantz, au moins au niveau de la mise en scène et du genre, même si je pense qu’il y a des idées et des thèmes communs… »

Chloé (Marine Vacth) a mal au ventre, elle consulte un gynécologue, puis un psychanalyste qui tombe amoureux d’elle (Jérémie Renier). Elle laisse tomber sa psychanalyse, emménage avec son ex-psy et tombe nez à nez avec… le frère jumeau de ce dernier, psychiatre lui aussi, mais dont le caractère, la méthode et le comportement sont radicalement différents.

Pour 20Minutes, François Ozon a accepté de souffler le chaud et le froid, à travers les questions binaires… que voici.

A choisir, vous diriez que « L’Amant double » est plutôt un thriller ou un drame psychanalytique ?

Cela se rejoint. Les films de genre répondent à des codes. Pour L’Amant double, j’ai décidé de raconter cette histoire comme une enquête. On se doute qu’on va virer vers le thriller et puis souvent, les cas cliniques d’enquêtes psychanalytiques ressemblent à des polars, avec une clé de l’énigme à trouver.

Qu’est-ce qui sert le mieux le suspense ; la gémellité ou l’érotisme ?

L’aspect érotique est important dans le film, mais je dirais quand même la gémellité, car elle crée, sinon une forme de suspense, du moins un mystère. C’est ce qui apporte la confusion entre les deux personnages. C’est ce qui m’intéressait dans le film, jouer là dessus. A un moment, on finit par se demander « qui est Paul », « qui est Louis », « l’un est-il vraiment le méchant et l’autre le gentil » ?

Justement à titre personnel, vous seriez plutôt du côté de Paul, l’amant raisonnable, ou de Louis, l’amant provocateur de fantasmes ?

Que ce soit bien clair : moi, je suis à la fois Paul et Louis. Je suis complètement double, je l’assume. Je pense que dans la vie, je suis plutôt Paul, quand même… mais en tant que cinéaste, je suis sans doute un peu plus Louis !

Et vous êtes plutôt « Jeune et Jolie » ou « L’Amant double »… Par rapport à Marine Vacth et son évolution entre les deux films ?

Marine, je l’ai vue grandir en quatre ans. A l’époque de Jeune et jolie, elle ne savait pas trop si elle voulait devenir actrice. Et puis elle est devenue une femme, elle a eu un enfant, elle a tourné avec d’autres cinéastes, Rappeneau, Boukhrief… j’ai senti qu’elle était prête à effectuer le parcours de comédienne que je lui proposais de faire pour ce film.

En tant que metteur en scène, c’est quoi le plus important pour vous, la maîtrise ou la folie ?

Les gens pensent que je suis dans la maîtrise totale, ce n’est pas vrai du tout. Mes scénarios sont assez ouverts. Je n’ai pas d’idées préconçues du film que je veux faire, je laisse de la place au hasard et aux propositions des comédiens. C’est ce qui rend le tournage intéressant. A ce niveau-là, je suis très différent d’Hitchcock qui lui, prévoyait absolument tout. Et pouvait faire une sieste ou piquer du nez quand l’équipe tournait.